Les « je t’aime, moi non plus » qui ont marqué pendant plus d’un demi siècle les relations entre l’Algérie et la France appartiennent désormais au passé. La crise actuelle qui existe entre les deux pays n’est pas une simple blessure qu’on peut panser. C’est beaucoup plus grave qu’on ne le croit. C’est une amputation due à une gangrène causée par Emmanuel Macron en personne.
De tous les présidents de la cinquième république l’actuel est celui par lequel la rupture jugée impensable au cours de ces soixante trois dernières années est pratiquement consommée. Il n’y a plus de représentation diplomatique au niveau le plus élevé au niveau des capitales des deux pays. Cela ne s’est jamais vu depuis l’indépendance de l’Algérie. Même au cours de la nationalisation des hydrocarbures qui a provoqué la colère de l’Elysée et de Matignon au point de laisser croire à un point de non retour de la coopération franco-algérienne car à l’époque on parlait encore de coopération la situation n’avait pas atteint le stade fatidique qu’on lui connait aujourd’hui. Ni De Gaulle, ni Pompidou, ni Giscard n’affectionnaient particulièrement l’Algérie et pourtant ils ne sont pas allés aussi loin que ne l’a fait Emmanuel Macron. Mitterrand a certes mis quelque bémol avec Chadli mais l’affection n’y était pas, juste de la courtoisie qui disparut lorsqu’il y a eu l’interruption du processus électoral suivie de la démission de Chadli. Au cours de la décennie noire la France prit peur d’une éventuelle prise du pouvoir en Algérie par les islamistes radicaux et les ramifications qu’une telle prise de pouvoir allait avoir sur le sol français. Les attentats de 1995 et la prise d’otages par le GIA de l’avion d’Air France à Alger dont le dénouement eut lieu sur le tarmac de l’aéroport de Marseille qui fit intervenir le GIGN pour libérer ces otages furent deux évènements qui donnèrent à penser qu’entre Paris et Alger, rien n’allait plus. Pourtant cela n’a pas été le cas du moins jusqu’à l’élection du président Bouteflika en 1999 qui mit fin à la tragédie algérienne. Jaques Chirac devenu entre temps président de la république n’avait pas de rapports amicaux avec Liamine Zéroual et ce dernier le lui rendait bien. On se souvient de l’épisode de New York, lors de l’AG de l’ONU où le président algérien s’était rendu et cette entourloupette du président français qui avait inventé un prétexte pour éviter son homologue algérien. La réaction de Zéroual avait été ferme et catégorique. Il était hors de question d’adresser la parole à son homologue français. Ce n’était pas le cas avec l’arrivée au pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika. Il y a eu une sorte de lune de miel au niveau du couple franco-algérien auréolée par les voyages respectifs des deux présidents, l’un à Alger, l’autre à Paris. On croyait que cela allait durer mais cela a capoté encore une fois et cette fois –ci à cause des harkis que Chirac avait envisagé le pardon algérien vis à vis de cette communauté française d’origine algérienne longtemps marginalisée et réduite au rang de paria. Le refus du défunt président de leur accorder un quelconque pardon, les qualifiant même de «collabos» faisant allusion aux miliciens du régime de Vichy qui aidaient l’occupant nazi dans ses pires besognes. Dès lors la brouille refit encore une fois surface et elle dura avec le passage à l’Elysée de Nicolas Sarkozy qui malgré les égards consentis par l’Algérie envers lui préférait de loin le Maroc à l’Algérie où pourtant il reçut à Alger un accueil chaleureux. Cette ingratitude manifeste de ce président ne le poussa pourtant pas à reconnaitre la «marocanité » du Sahara occidental alors qu’il était très proche du souverain marocain. Avec François Hollande il y a eu de la sincérité dans les rapports entre les deux pays. Ce n’était pas feint ni teinté d’hypocrisie. Malheureusement il y a eu cet AVC qui cloua dans un fauteuil roulant le président algérien, ce qui gela l’extension de ces rapports. Ceux-ci auraient pu transformer une fois pour toutes et en mieux les relations franco–algériennes. Avec Macron et l’investiture du président Tebboune qui, souvenons-nous avait été critiquée par le président français qui s’était ensuite corrigé en faisant amende honorable. Les relations entre les deux pays reprirent de manière assez dense. On croyait sérieusement que plus rien ne ferait ombrage au niveau des rapports entre les deux pays et ceux entretenus en bonne intelligence entre les deux présidents. Le premier mandat de Macron semblait envisager un avenir radieux entre la France et L’Algérie. Le second mandat va démentir un tel espoir. La reconnaissance de la «marocanité» du Sahara occidental va définitivement glacer un réchauffement du climat algéro–français, faisant enchainer brouille sur brouille, au point d’atteindre un point de non retour dont le caractère définitif ne fait plus aucun doute. Y aura-t-il un jour le retour des ambassadeurs des deux pays dans les capitales respectives ? Sans doute mais pas à court terme et cela se fera dans des conditions tout à fait nouvelles et une redéfinition complète des rapports réciproques. On peut dire, sans risque majeur de nous tromper que les adieux à une relation exceptionnelle entre l’Algérie et la France sont à présent actés.
