Algérie–États-Unis:
Vers un partenariat repensé

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Par Kheireddine Boukhalfa—/—Longtemps dominées par les enjeux sécuritaires, les relations entre l’Algérie et les États-Unis prennent aujourd’hui un virage stratégique. C’est en tout cas le message qu’a voulu transmettre l’ambassadrice américaine à Alger, Elizabeth Moore Aubin, lors d’une conférence de presse tenue au siège de l’ambassade à Alger.

À l’aube du 230e anniversaire du Traité de paix et d’amitié de 1795, la diplomate a esquissé les contours d’un partenariat élargi et plus équilibré. « Notre partenariat se renforce et englobe aujourd’hui les domaines sécuritaires, économiques et culturels », a-t-elle déclaré, insistant sur la volonté partagée des deux pays de dépasser les cadres traditionnels de coopération. En effet, au cœur de cette nouvelle dynamique figure la question de l’investissement. Plus de 100 entreprises américaines opèrent actuellement en Algérie, a indiqué Mme Aubin, tout en précisant que seule une quinzaine d’entre elles sont actives dans le secteur historique des hydrocarbures. Un chiffre révélateur d’un changement de paradigme : désormais, les États-Unis entendent investir dans des domaines variés, à commencer par les énergies renouvelables. « Alors que l’Algérie s’oriente vers une transition et une diversification de son énergie, nous disposons de nombreuses solutions pour l’accompagner », a-t-elle affirmé, tout en mettant en avant l’expertise américaine dans les technologies propres. Interrogée sur les négociations en cours avec les géants ExxonMobil et Chevron, l’ambassadrice est restée prudente, évitant tout commentaire direct, mais soulignant leur rôle potentiel dans un secteur stratégique pour l’économie algérienne. Washington mise aussi sur un secteur jusque-là peu exploité : l’agroalimentaire. À ce titre, l’ambassadrice a évoqué un projet novateur à Adrar porté par la société qatarie Baladna. Ce projet repose notamment sur l’importation de vaches laitières américaines – réputées pour leur rendement – et sur l’utilisation de technologies d’irrigation intelligente fournies par l’entreprise américaine Valmont.Ce projet, selon Mme Aubin, illustre parfaitement l’évolution du partenariat économique algéro-américain et répond à un défi crucial pour l’Algérie : la sécurité alimentaire. Autre pilier de cette nouvelle approche : le soutien à l’innovation et à l’entrepreneuriat. L’ambassadrice a ainsi rappelé la création du premier fonds algérien dédié aux start-up, en partenariat avec les États-Unis. Un projet pluriannuel mené de concert avec le ministère algérien des Start-up et de l’Économie de la connaissance. « Les Algériens sont bien formés, créatifs et possèdent des compétences linguistiques remarquables », a-t-elle salué, estimant que ces atouts humains constituent un socle idéal pour bâtir un écosystème entrepreneurial durable. De leurs cotés, les entreprises américaines, a-t-elle précisé, manifestent un vif intérêt à collaborer avec des acteurs algériens dans ce domaine. Par ailleurs, et bien que la coopération militaire demeure un élément structurant de la relation — comme en témoigne la signature d’un mémorandum d’entente en janvier dernier et la présence d’une délégation algérienne à la cérémonie de passation de commandement de l’Africom —, la diplomate a tenu à insister sur le changement d’orientation stratégique. « Nous allons là où l’Algérie souhaite que nous soyons », a-t-elle résumé, réaffirmant que la relation entre les deux pays repose désormais sur une logique d’élargissement et de diversification. Ainsi, ce changement de cap marque une volonté commune de construire un partenariat plus moderne, moins tributaire des seules questions sécuritaires, et plus ancré dans les enjeux du XXIe siècle : transition énergétique, innovation, souveraineté alimentaire, entrepreneuriat. À l’approche du bicentenaire et plus du Traité de 1795, l’heure semble à la redéfinition d’une alliance appelée à se réinventer.

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