Vers une souveraineté industrielle:
L’Afrique inaugure sa société de commerce à un milliard de dollars

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Par Mohamed Tahar Aissani —/—À Alger, l’annonce a pris des allures de manifeste : la naissance officielle de la société africaine pour le commerce et l’industrie, dotée d’un capital initial d’un milliard de dollars. Derrière cette décision, dévoilée par Benedict Oramah, président d’Afreximbank, se dessine bien plus qu’une simple structure financière. C’est la promesse d’une Afrique qui choisit enfin de transformer ses richesses sur son propre sol plutôt que de les voir partir brutes vers des marchés extérieurs.

Pendant des décennies, le continent s’est vu dépouillé de ses matières premières, exportées à bas prix, avant de revenir sous forme de produits manufacturés, coûteux et inaccessibles pour beaucoup. Cette fois, l’ambition est de briser ce cycle : produire en Afrique, pour l’Afrique et par l’Afrique, bâtir des chaînes de valeur régionales et réduire une dépendance chronique qui a trop longtemps freiné son développement. L’annonce a eu lieu dans un cadre symbolique : la quatrième édition du Salon du commerce interafricain, organisée du 4 au 10 septembre au Centre international des conférences d’Alger. Le Premier ministre par intérim, Sïfi Ghrieb, représentant le président Abdelmadjid Tebboune, a placé la rencontre sous le signe de l’intégration continentale et de l’engagement algérien. Car au-delà de son rôle d’hôte, l’Algérie affirme sa volonté de s’imposer comme un acteur central dans cette dynamique,  carrefour entre Méditerranée, Maghreb et Afrique subsaharienne. Selon Aimen Zoghbi, responsable du financement et du commerce à Afreximbank, l’initiative a déjà dépassé le stade de la théorie. Des opérations pilotes ont été menées dès le début de l’année, testant la mise en marché de produits africains dans divers pays. Mais c’est à Alger qu’a été donné le coup d’envoi officiel, avec la promesse d’une montée en puissance et le développement de mécanismes de financement propres pour soutenir l’expansion du projet à l’échelle du continent. Ce milliard de dollars n’est pas qu’une mise de départ : c’est un signal fort envoyé au reste du monde, celui d’un continent qui refuse de se limiter à un rôle de grenier de matières premières. L’ambition est de créer de la valeur ajoutée localement, de générer des emplois, et de tendre vers une autonomie économique qui a toujours été un horizon lointain. L’enthousiasme est légitime, mais il ne doit pas occulter les obstacles. Les défis sont nombreux : infrastructures fragiles, dépendances technologiques, divergences entre États, lenteurs bureaucratiques. La mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine reste un chantier titanesque qui réclame volonté politique et coopération sincère. Pourtant, l’élan donné à Alger a quelque chose de singulier. C’est un moment où l’Afrique semble enfin décidée à écrire une page différente de son histoire économique. Le milliard annoncé n’est pas seulement un capital financier : il est surtout un capital de confiance. Fragile encore, mais porteur de la possibilité d’un avenir où le continent cessera d’exporter son futur dans des containers de matières premières, pour le transformer lui-même en promesse industrielle et en souveraineté retrouvée.

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