Depuis sa nomination au poste de Premier ministre, Sébastien Lecornu (ou le corps nu) est au centre d’une controverse sur sa posture diplomatique, en particulier vis-à-vis de l’Algérie. Des observateurs et des analystes politiques français voient dans son discours posture, qui pourrait viser à exporter la crise politique et sociale française en détournant l’attention vers des enjeux extérieurs notamment liés à l’Algérie.
Il est utile de rappeler qu’avant de devenir Premier ministre, Sébastien Lecornu s’est déjà distingué en tant que ministre des Armées par des déclarations qui ont souvent irrité Alger. Il a régulièrement appelé à une « refondation de la relation » entre les deux pays, tout en critiquant le gouvernement algérien. Pour Alger, ces propos ont été considérés comme une ingérence dans les affaires intérieures de l’État algérien et une marque de manque de respect. Les algériens voient dans cette attitude une continuation d’une politique française jugée condescendante, qui cherche à imposer ses vues sur une nation souveraine. La nomination de Lecornu, (ou le cornu cette fois-ci) connu pour son profil sécuritaire et sa fermeté, est ainsi interprétée par certains comme un signe de durcissement de la position française envers l’Algérie qui est loin d’être une proie facile pour ces charognards de la politique française. Lecornu n’a pas tiré les leçons administrées à ses prédécesseurs par le pays des d’un million et demi de martyrs. Afin de consolider sa base face à cette historique mobilisation des français, le tout nouveau premier ministre confronté à de profondes crises internes, chercherait à créer un « ennemi extérieur » et ce dernier est semble–t-il l’Algérie. Aujourd’hui, la France est en effet secouée par une grave crise sociale et politique sans précédent. Après des mois de contestation contre la réforme des retraites et une majorité relative à l’Assemblée nationale qui rend toute gouvernance difficile, la mobilisation du 10 septembre a de nouveau mis en lumière une colère populaire profonde. En adoptant une ligne dure à l’égard de l’Algérie, Sébastien Lecornu, avec l’aval de l’Élysée, pourrait chercher à récupérer une partie de l’électorat de droite et d’extrême-droite en affichant une image de fermeté sur les questions d’immigration et de souveraineté nationale et divertir l’opinion publique des problèmes intérieurs brûlants (pouvoir d’achat, budget, instabilité parlementaire dette etc). Lecornu au vu de ses discours cherche à manipuler les médias pour Gagner un « combat » médiatique sur la scène internationale, ce qui pourrait compenser le sentiment de faiblesse du gouvernement à l’intérieur du pays. La continuité de la stratégie, de ses prédécesseurs bien que trop risquée, n’est pas nouvelle en politique et consiste à utiliser les tensions diplomatiques comme un exutoire pour les frustrations internes.
Qui s’y frotte à l’Algérie s’y pique
En s’engageant dans une telle voie, le gouvernement de Sébastien Lecornu prend un pari diplomatique à hauts risques. Il met en péril des coopérations essentielles en matière de sécurité, de lutte contre le terrorisme et de gestion des flux migratoires. En s’attirant les foudres d’Alger, il risque également de saboter les efforts de réconciliation mémorielle, un chantier personnel du président Macron. La relation franco-algérienne, déjà fragile, pourrait être soumise à une nouvelle épreuve. Les semaines à venir montreront si la « fermeté » affichée est une stratégie durable ou une simple posture, mais pour l’heure, elle sème le doute et la tension, à l’heure où les défis, des deux côtés de la Méditerranée, ne manquent pas. Cependant Sébastien Lecornu est d’ores et déjà, menacé d’une motion de censure, par les deux principaux blocs d’opposition à l’Assemblée nationale : le Rassemblement National (RN) et l’alliance de gauche, dominée par La France insoumise (LFI). Ces deux forces politiques, qui s’opposent fermement à la politique du président Emmanuel Macron, considèrent que la nomination de Sébastien Lecornu ne représente pas un changement de cap et que son gouvernement n’a pas la légitimité d’une majorité parlementaire. Le Rassemblement National, dirigé par Jordan Bardella, a clairement indiqué son intention de s’opposer au nouveau gouvernement. La France insoumise, ainsi que les autres partis de la coalition de gauche (LFI, EELV, PS), a également affirmé qu’elle ne ferait aucune concession et se tiendrait prête à déposer une motion de censure pour renverser le nouveau gouvernement. Cette menace est d’autant plus sérieuse que le gouvernement de Sébastien Lecornu ne dispose pas d’une majorité absolue, ce qui le rend vulnérable à l’opposition parlementaire.
