Virage à Beauvau:
Nuñez met fin aux spéculations sur l’accord de 1968 et envoie un signal à Alger

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Le nouveau ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a marqué une rupture nette avec la ligne de son prédécesseur, Bruno Retailleau, en écartant catégoriquement toute révision de l’accord franco-algérien de 1968. Cette déclaration, relayée à la veille de l’Assemblée de l’Union Interparlementaire (UIP), est un message clair et direct adressé à Alger, signalant un possible retour à une diplomatie plus pragmatique et moins idéologique.

Laurent Nuñez a publiquement déclaré que la révision de l’accord de 1968 – qui régit les conditions d’entrée, de séjour et d’emploi des ressortissants algériens en France – n’était « pas au programme » du gouvernement. Cette position tranche radicalement avec celle adoptée précédemment par son ministère et par certains ténors de la majorité présidentielle. L’ancien ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, avait érigé la dénonciation ou la renégociation de l’accord de 1968 en quasi-priorité politique. Son approche s’inscrivait dans une logique de « rapport de force » avec Alger, utilisant la question migratoire comme un levier pour des gains politiques internes. Cette ligne, perçue comme un acharnement anti-algérien et une instrumentalisation électorale du sujet, avait considérablement envenimé les relations bilatérales. L’actuel ministre de l’Intérieur cherche, au contraire, à dépolitiser et à dé-dramatiser le dossier. En écartant la révision de l’accord, Laurent Nuñez reconnaît implicitement que cet accord, malgré ses spécificités, fait partie du socle historique et qu’une tentative de le démanteler ne ferait qu’aggraver la crise diplomatique sans résoudre les problèmes migratoires concrets.

Rassurer Alger pour obtenir la coopération :

En mettant de côté la menace de dénonciation de l’accord, Nuñez envoie un signal fort aux autorités algériennes : la France privilégie la coopération à la confrontation. Le ministre cherche à créer un climat de confiance nécessaire pour obtenir des résultats concrets, notamment sur la question sensible des réadmissions des ressortissants algériens en situation irrégulière (les Obligations de Quitter le Territoire Français – OQTF). La logique est simple : la collaboration ne peut exister si Paris brandit constamment la menace d’une rupture d’un texte fondamental. Le gouvernement Lecornu II, après des mois d’instabilité, a besoin de montrer son efficacité sur la gestion de l’immigration. Nuñez, réputé pour son profil de technicien sécuritaire, comprend que l’essentiel n’est pas de débattre du statut des Algériens légalement installés, mais de fluidifier les procédures d’éloignement des personnes faisant l’objet de mesures d’expulsion. Pour cela, la bonne volonté et la collaboration active des consulats algériens sont indispensables. Ce changement de ton est un aveu que le « rapport de force » de l’ère Retailleau était contre-productif. En écartant la révision, Laurent Nuñez tente de ramener le dialogue franco-algérien à un niveau pragmatique et technique, loin des polémiques identitaires qui ont récemment empoisonné les relations entre les deux capitales. Reste à savoir si ce geste suffira à apaiser durablement la méfiance d’Alger.

 

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