Relations algéro-françaises:
Paris à l’épreuve de ses contradictions diplomatiques

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Par Kheireddine Boukhalfa—/—
Huit mois après son rappel à Paris, l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, demeure éloigné de son poste, laissant l’une des ambassades les plus sensibles de la diplomatie française sans représentant officiel. En effet, interrogé dernièrement par la radio publique française France Inter sur un éventuel retour à Alger, le diplomate s’est réfugié derrière une réponse institutionnelle, affirmant que cette décision relevait exclusivement des prérogatives du président Emmanuel Macron. Un aveu implicite : le blocage est avant tout politique. Reconnaissant que l’année 2025 a été « extrêmement difficile », Stéphane Romatet a exprimé l’espoir que 2026 marque une sortie de crise. Une déclaration qui sonne davantage comme un vœu pieux que comme une feuille de route concrète, tant les signaux envoyés par Paris restent contradictoires. L’ambassadeur évoque une reprise partielle des contacts « depuis plusieurs semaines » entre experts français et algériens, tout en appelant Alger à faire « les premiers pas » pour relancer la coopération consulaire. Une lecture que de nombreux observateurs jugent biaisée, rappelant que c’est bien la France qui a multiplié, ces derniers mois, les gestes et prises de position perçus à Alger comme des provocations assumées. L’Algérie, pour sa part, attend toujours des actes clairs de la part de Paris, notamment sur le dossier central et hautement symbolique du Sahara occidental. Le soutien affiché de la France au régime marocain sur cette question a constitué un point de rupture majeur, vécu à Alger comme une trahison politique et morale, incompatible avec tout discours de réconciliation. Concernant la visite annoncée du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, invitée dès novembre 2025 par les autorités algériennes, Stéphane Romatet s’est montré volontairement évasif. Sécurité et immigration sont invoquées comme préalables, alors même que ces dossiers nécessitent une relation de confiance que Paris peine à restaurer. La visite discrète, en novembre dernier, de la secrétaire générale du Quai d’Orsay, Anne-Marie Descôtes, n’a d’ailleurs débouché sur aucune annonce officielle, confirmant l’impasse actuelle et l’ampleur du malaise entre les deux capitales. Plus préoccupant encore, l’ambassadeur français s’est permis d’évoquer publiquement des sujets relevant strictement de la souveraineté algérienne, tels que l’affaire du journaliste français Christophe Gleizes ou le projet de loi criminalisant le colonialisme. Des déclarations qui représentent une ingérence inacceptable, d’autant plus choquante que la France continue de refuser l’extradition d’une cinquantaine de personnes recherchées par la justice algérienne, en violation des accords bilatéraux existants. En définitive, si Paris affirme vouloir tourner la page des tensions, l’Algérie attend des actes concrets, sincères et cohérents. La normalisation des relations ne saurait être à sens unique. Elle passe nécessairement par la reconnaissance des erreurs commises, le respect des engagements internationaux et l’abandon des doubles discours. À défaut, l’année 2026 risque de ressembler aux précédentes : une succession de déclarations diplomatiques sans lendemain, face à une Algérie désormais ferme sur ses principes, sa souveraineté et ses positions historiques.

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