Par Mohamed Tahar Aissani—/—
Une nouvelle page s’ouvre dans les relations de proximité entre l’Algérie et la Tunisie. Ce vendredi 13 mars 2026, la première liaison internationale routière reliant Annaba à Tunis a été officiellement mise en service, au lendemain du lancement d’une première desserte entre Alger et Tunis. Un signal fort, à la fois pratique, symbolique et profondément humain, dans une région où la mobilité n’est jamais un simple déplacement, mais une manière de retisser les liens entre peuples voisins. Le départ de cette première rotation a eu lieu dans la matinée, sous la supervision du ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud. À Annaba, le wali de la wilaya, accompagné du directeur général de l’Entreprise universitaire du transport et des services, a donné le coup d’envoi de cette nouvelle ligne, désormais appelée à renforcer les échanges transfrontaliers et à offrir une alternative concrète aux voyageurs. Le nouveau trajet part de la gare routière de voyageurs Mohamed Mounib Sendid à Annaba. Il traverse ensuite plusieurs localités stratégiques, notamment Ben M’Hidi, Aïn Assel, El Tarf, El Ayoun, Babouch, Aïn Draham, Jendouba et Béja, avant d’atteindre Tunis, la capitale tunisienne. Ce tracé, loin d’être anodin, épouse une géographie de continuité entre l’Est algérien et le Nord-Ouest tunisien, là où les habitudes de circulation, les affinités familiales et les échanges commerciaux ont toujours défié les frontières administratives. Le programme hebdomadaire de cette liaison prévoit des départs d’Annaba les jeudis, vendredis, samedis et dimanches, avec des retours depuis Tunis aux mêmes jours. Les voyageurs peuvent effectuer leur réservation à l’avance au niveau de la gare routière d’Annaba ou via l’application “Mahattati”, à condition de disposer d’un passeport en cours de validité. Cette exigence administrative rappelle que, malgré la proximité naturelle entre les deux pays, la fluidité du voyage reste tributaire d’une organisation rigoureuse. Dans le même élan, la ligne Alger–Tunis poursuit également sa mise en place. Elle assure des trajets entre la gare routière du Caroubier (Kharouba) à Alger et la station de Bab Alioua à Tunis, en passant par Bordj Bou Arreridj, Sétif et Constantine. Deux rotations hebdomadaires sont prévues, avec des départs d’Alger les jeudis et samedis à 20h00, et des retours depuis Tunis aux mêmes jours et à la même heure. Au-delà de l’annonce institutionnelle, la question des tarifs reste centrale pour les usagers. Selon les informations relayées par la radio tunisienne Mosaïque, le prix du billet sur la ligne Tunis–Alger est fixé à 120 dinars tunisiens, soit environ 5 400 dinars algériens pour les départs depuis la Tunisie, tandis que les voyages au départ d’Alger sont proposés à 80 dinars tunisiens réglés en monnaie algérienne. Pour la ligne Tunis–Annaba, le billet coûte 40 dinars tunisiens, soit environ 1 800 dinars algériens pour les départs depuis Tunis, contre 33 dinars tunisiens en équivalent algérien pour les départs depuis Annaba. Cette relance du transport routier international ne peut être lue comme une simple nouveauté logistique. Elle s’inscrit dans une dynamique plus vaste de rapprochement entre les deux pays, déjà soutenue par l’existence d’une liaison ferroviaire internationale entre l’Algérie et la Tunisie. En réalité, c’est toute une vision de la mobilité maghrébine qui semble timidement reprendre souffle : une mobilité plus accessible, plus régulière, et surtout plus fidèle à l’histoire concrète des populations des deux côtés de la frontière. Dans un Maghreb souvent empêché par les lenteurs politiques, chaque ligne qui s’ouvre est aussi une frontière mentale qui se desserre. Entre Annaba et Tunis, il n’y a pas seulement une route : il y a une mémoire commune, une circulation ancienne des familles, des étudiants, des commerçants et des malades, des vacanciers et des travailleurs. Le retour de cette desserte terrestre vient ainsi rappeler une évidence trop longtemps négligée : rapprocher les territoires, c’est aussi rapprocher les destins.
