Le double jeu du Quai d’Orsay:
Quand Paris garde la main sur l’argent sale algérien

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L’Algérie par le biais de son Président Abdelmadjid Tebboune mène aujourd’hui une traque financière sans précédent, transformant sa diplomatie en une véritable machine de recouvrement pour solder les comptes de l’ère Bouteflika.
Le constat est vertigineux : si les visages de la «Issaba» sont désormais emmurés à la prison d’El Harrach et ailleurs, leurs fortunes, elles, continuent de mener une existence de luxe dans les coffres et les palaces d’Europe. Le président Abdelmadjid Tebboune a fait de ce dossier une dette sacrée envers le peuple du Hirak, annonçant avec fermeté la récupération de plus de 30 milliards de dollars. Ce chiffre, qui agrège actifs immobiliers, unités industrielles nationalisées et avoirs financiers, marque une étape majeure, mais il souligne aussi la complexité d’une bataille qui se joue désormais au-delà des frontières, dans les méandres du droit international et des hypocrisies étatiques. La géographie de cette restitution dessine une carte politique très contrastée, où la Suisse et l’Espagne font figure de partenaires pragmatiques. Le récent déblocage de 110 millions de dollars à Berne et la récupération symbolique de l’hôtel El Palace à Barcelone, joyau de l’empire déchu d’Ali Haddad, prouvent que la coopération judiciaire peut porter ses fruits lorsque la volonté politique suit. À l’opposé, le silence glacial de la France cristallise toutes les tensions. Avec plus de 60 commissions rogatoires restées sans réponse et un mécanisme de « biens mal acquis » qui préfère réorienter l’argent vers des projets de développement plutôt que de le rendre directement au Trésor algérien, Paris est perçue à Alger comme une forteresse qui cherche à garder la main sur le butin. Ce refus d’extradition de figures clés comme Abdeslam Bouchouareb, malgré des condamnations cumulées à un siècle de prison, alimente le sentiment d’une complicité bureaucratique drapée dans les principes des droits de la défense. Pour briser ce mur de verre, l’Algérie a dû faire évoluer sa stratégie, passant du « bulldozer judiciaire » à une approche plus chirurgicale et transactionnelle. La réforme du Code de procédure pénale introduit désormais la « dation en paiement », une forme de justice pragmatique où la restitution des avoirs devient une monnaie d’échange contre une atténuation des peines. Il s’agit de reconnaître que, pour le peuple spolié, la récupération des fonds est plus vitale que la simple durée de l’incarcération des oligarques. Sous l’impulsion du ministre de l’Industrie Sifi Ghrieb, des dizaines d’usines et de complexes ont déjà été réintégrés dans le giron public, transformant les vestiges du pillage en outils de production nationale. Pourtant, le chemin reste semé d’embûches. Entre les sociétés écrans des Îles Vierges britanniques et les paradis fiscaux du Panama, l’argent sale sait se rendre invisible. La bataille se heurte au principe de la double incrimination et à des procédures d’appel qui s’éternisent, faisant de l’Europe une vaste salle d’attente judiciaire où les milliards s’évaporent parfois en frais de procédure. Mais au-delà des montants récupérés, cette offensive porte une charge symbolique historique. En mobilisant ses services de renseignement et ses magistrats sur le front international, l’Algérie signifie la fin de l’impunité transfrontalière. Le message adressé aux futures élites est limpide : le temps où l’on pouvait piller à Alger pour s’abriter à Paris ou Genève est révolu. La traque sera longue, mais elle marque l’acte de naissance d’une souveraineté financière qui ne tolère plus de zones d’ombre.

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