Le bradage des joyaux industriels:
Du textile à la mécanique en passant par la sidérurgie, Temmar est passé par là

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C’est l’histoire d’un démantèlement méthodique, un séisme économique dont les répliques continuent de paralyser l’industrie nationale. Durant les deux premières décennies du règne d’Abdelaziz Bouteflika, la politique de « privatisation à outrance » menée par Abdelhamid Temmar, alors ministre des Participations et de la Promotion des investissements, a mis à genoux des fleurons historiques de l’industrie algérienne. Entre liquidations massives et cessions opaques au «dinar symbolique», retour sur un désastre industriel et social, orchestré avec la passivité complice de la centrale syndicale UGTA dirigée à l’époque par Abdelmadjid Sidi Saïd et ses syndicats au niveau des entreprises concernées.

On l’appelait alors, avec une ironie qui fait aujourd’hui grincer des dents, la «modernisation de l’économie». Au début des années 2000, sous l’impulsion du président Abdelaziz Bouteflika, le ministère des Participations et de la Promotion des investissements devient le bras armé d’une politique de désengagement brutal de l’État. À sa tête, Abdelhamid Temmar surnommé «Monsieur Privatisation» va piloter la mise à mort ou le bradage de pans entiers de l’industrie algérienne. Des complexes géants, bâtis à coups de milliards et de sacrifices durant l’ère de l’industrialisation, ont été bradés au «dinar symbolique» ou purement liquidés dans une opacité totale. Un désastre national dont la justice algérienne finira par s’emparer des années plus tard, condamnant Temmar par contumace, alors en fuite à l’étranger. Le démantèlement a frappé de manière transversale les secteurs les plus névralgiques du pays : le textile, la mécanique, l’agroalimentaire, les matériaux de construction, la sidérurgie et le bâtiment. Des structures qui faisaient vivre des régions entières ont été dépecées au profit d’intérêts privés ou d’importateurs ravis de voir s’éteindre la concurrence locale. Présentée à l’époque comme une thérapie de modernisation exigée dans le sillage des ajustements structurels du FMI, la stratégie de privatisation s’est rapidement transformée en une véritable braderie. Des centaines d’entreprises publiques (EPE), qui employaient des dizaines de milliers de cadres et d’ouvriers, ont été dépecées. Des complexes intégrés ou des filiales de distribution cédés dans des conditions de sous-évaluation flagrantes ont subi des restructurations sauvages qui ont mené à leur disparition ou leur marginalisation au profit de l’import-import. Les grandes entreprises de génie civil et de construction de l’État, qui possédaient un parc matériel immense et un savoir-faire historique, ont été démantelées ou privatisées par appartements, laissant le champ libre aux entreprises étrangères et aux oligarques locaux.  Les filiales de l’ex-SONACOME et plusieurs entreprises de quincaillerie industrielle (comme des branches d’ALGAL ou des unités de transformation) ont vu leurs actifs fonciers détournés de leur vocation industrielle première pour devenir de simples espaces de stockage ou des projets immobiliers. L’exemple emblématique des Moulins de Tiaret, bradés pour un dinar symbolique, illustre parfaitement ce mode de gestion opaque où l’évaluation des actifs de l’État était volontairement minorée pour favoriser une clientèle politique.

Le « départ volontaire » : Un drame social de masse

L’impact le plus violent de la méthode Temmar s’est fait ressentir sur le plan humain. Pour fluidifier ces privatisations et alléger les charges avant cession, le gouvernement Ouyahia a massivement eu recours au mécanisme des « départs volontaires ». Loin d’être une formule librement consentie, ce dispositif s’est avéré être un choix forcé, un « licenciement déguisé » qualifié à juste titre de « départ volontaire assassin ». Des vagues successives de compression de personnel ont jeté des milliers de pères de famille dans la précarité du jour au lendemain. Privés de leur outil de travail, indemnisés par des sommes dérisoires vite englouties par l’inflation, ces travailleurs ont basculé dans le chômage de longue durée, détruisant ainsi des bassins d’emplois entiers à Rouïba, Oran, Constantine ou Annaba. Ce plan de liquidation n’aurait jamais pu aboutir sans la neutralisation de la contestation sociale. C’est ici qu’intervient la responsabilité historique de l’Union Générale des Travailleurs Algériens (UGTA), sous la direction d’Abdelmadjid Sidi Saïd. Au lieu de se poser en rempart contre la casse sociale, la centrale syndicale de la place du 1er Mai s’est muée en appendice du pouvoir exécutif. À travers le canal de la « Tripartite » (Gouvernement-Patronat-UGTA), Sidi Saïd a systématiquement validé les choix économiques d’Abdelhamid Temmar et d’Ahmed Ouyahia. Les grèves étaient étouffées, les syndicalistes autonomes harcelés, et les plans de licenciements contresignés par ceux-là mêmes qui avaient le mandat de défendre les travailleurs. Cette complicité a installé un climat de résignation générale, brisant la résistance du monde ouvrier. Le bilan d’Abdelhamid Temmar (condamné par la suite par contumace à de lourdes peines de prison pour corruption) est lourd. L’Algérie a perdu son autonomie de production dans plusieurs secteurs stratégiques, augmentant sa dépendance aux importations de biens de consommation courante. Le paysage social en est sorti profondément fracturé, marqué par la perte de milliers de travailleurs notamment ceux du complexe d’El Hadjar qui a vu ses milliers de travailleurs parfois hautement qualifiés mis dehors  permettant la vente de l’usine à Mitalsteel au dinar symbolique. Un complexe sidérurgique qui a été au final récupéré par l’Etat, mais en un tas de ferraille. Les exemples sont multiples si l’on rajoute cette autre entreprise qui était pourtant très performantes au niveau national et africain. C’était l’entreprise Prosider qui a été complètement rasée et ses actifs cédés et dont le foncier était prédestiné  à servir de base de lancement d’un Technopark qui n’a pas vu le jour depuis les années 1990. Les exemples sont nombreux et les victimes de Abdelhamid Temmar et de Sidi Said aussi.

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