Par Hocine KEDADRIA et Hadjer BOUAZIZI
C’est au complexe Groupe Attia EURL Lamino situé dans la banlieue de Sidi Amar dans la daïra d’El Hadjar, plus précisément au lieu-dit Bergouga qu’un groupe de travailleurs de cette entreprise privée nous a fait part de son mécontentement face à ce qu’il a qualifié de décision arbitraire prise à l’encontre de vingt travailleurs en ce 8 mars de l’année en cours.
La décision en question est, selon les concernés, verbale et se traduit par la suspension de la relation de travail des 20 travailleurs au motif, selon eux, de vol de cuivre de l’intérieur d’un magasin. Les travailleurs concernés sont tous des agents de gardiennage qui nous ont affirmés que le magasin en question est lui-même gardé nuit et jour par quatre agents spécialement affectés en ce lieu qui n’ont pas été inquiétés. Pour des modalités pratiques la décision de suspension de la relation de travail doit être notifiée à chacun des travailleurs concernés comportant entre autres, la date de la suspension et le motif pour lequel le travailleur a été suspendu. Ce n’est pas le cas de figure dans cette situation, car les concernés affirment ne disposer d’aucun document prouvant que la relation qui les lie au complexe Groupe Attia est effectivement suspendue, d’où la revendication des salaires qu’ils disent être en droit de réclamer. Coté législatif, les dispositions légales ne prévoient pas ce genre de suspension, mais l’appliquent dans le cas de la privation de liberté du travailleur tant qu’une condamnation devenue définitive n’aura pas été prononcée. Or dans cette situation l’inspecteur du travail d’El Hadjar qu’on a contacté à l’occasion, nous a affirmé que les concernés sont sous le coup d’un dépôt de plainte par le propriétaire du complexe en question. « En ce qui nous concerne, nous ne pouvons entamer aucune action jusqu’au prononcé d’une décision de justice et que cette dernière soit définitive ». Nous a déclaré notre interlocuteur. Ce dépôt de plainte à l’encontre des travailleurs concernés n’a été précédé d’aucune décision à même de le justifier légalement, ou par une décision disciplinaire suspensive d’exercice de fonction, ou par l’exercice du droit de grève, tel que le prévoit la législation du travail en vigueur. L’accusation est carrément réfutée par les concernés car nous dis-t-on sur les lieux du sit-in : « On nous a accusé de vol de cuivre d’un magasin superbement gardé par quatre gardiens affectés spécialement à ce poste. Ces derniers n’ont pas du tout été inquiétés comme nous le sommes. Ceci dit le magasin en question abrite en son sein un réseau de haute tension de 1600 watts qui nécessite une tenue spéciale pour y pénétrer, or cette tenue personne d’entre nous n’en dispose ». Nous a fait savoir l’un des travailleurs que l’on a rencontré sur les lieux et dont les collègues brandissaient des banderoles à l’entrée du complexe sur lesquelles est transcrit : « Non à la corruption, non à la marginalisation, non au licenciement arbitraire, non aux fausses accusations.» Prenant la parole un autre nous a dit : «Ça ne rentre pas à l’esprit que 20 travailleurs tous des gardiens puissent voler ensemble un produit d’une société qui les fait vivre. C’est incroyable qu’une chose pareille puisse arriver du fait que le responsable du gardiennage organise lui-même nos tournées à l’intérieur des ateliers durant toutes les quinze minutes. Alertée la police scientifique qui a enquêté sur les lieux n’a pas trouvé de preuves, ni empreintes, ni porte ni vachettes cassées Nous exigeons qu’il y ait une enquête approfondie et que le ou les auteurs soient sévèrement punis s’il y a eu vraiment vol ». Un troisième agent, la gorge rouée, le visage pâle, l’air fatigué s’est avancé vers nous en nous faisant part de sa situation sociale particulièrement en ce mois sacré évoquant le fait que lui et ses camarades n’ont pas perçus leurs maigres salaires depuis un mois et demi. « Je vis une situation exécrable avec un manque de moyen flagrant face à la cherté de la vie, en plus de la perte d’emploi. Que devons-nous faire maintenant ? Comment dois-je subvenir aux besoins de ma famille.» S’est-il interrogé. Un autre nous dira que les travailleurs suspendus de leurs fonctions ont passé pour le dernier d’entre eux une dizaine d’années à travailler dans cette usine en nous signalant que depuis toutes ces longues années il n’y a pas eu de vol et qu’aujourd’hui en plein carême on nous sort cette accusation imaginaire comme mobile pour camoufler une sorte de compression des effectifs pour détourner la loi régissant cet aspect.» À propos de loi, les travailleurs concernés ne disposent pas de contrats les liant à l’entreprise d’où leur position en tant que travailleurs permanent tel que le dispose la loi relative aux relations de travail. Notre interlocuteur nous a fait également savoir que le patron aurait conditionné leur retour à leurs postes de travail par la conclusion de contrats à durée déterminée d’une période d’un mois, chose que ces derniers avaient d’emblée refusé. Ce dernier nous a même affirmé qu’il leur était interdit de prendre connaissance des dispositions réglementaires à l’intérieur de l’usine. « Nous n’avons pas de syndicat à même de prendre en charge nos droits. » a ajouté un autre. Ces pères de familles rappellent qu’ils étaient contre la forme de grève entamée mais qu’ils n’avaient pas trop le choix. » Nos revendications sont simples. On demande avant toute chose l’intervention des autorités locales, précisément le wali pour prendre en charge nos préoccupations, qui sont, l’ouverture d’une enquête concernant le soi-disant vol et l’annulation de la décision prise pour notre suspension, par-delà notre réintégration à notre travail, avec remise de nos contrats de travail. C’est en gros ce que nous ont dit les concernés qui, en faisant confiance à la justice espèrent avoir gain de cause. L’autre étape de notre déplacement sur les lieux concernait le patron de l’entreprise à qui nous avons voulu lui permettre d’user de son droit de réponse tel que le dictent les dispositions légales, ce dernier après avoir donné du dos à des journalistes qui nous ont précédé, n’a trouvé mieux que de laisser des consignes au poste de police interdisant l’accès aux journalistes indésirables.
