Le frère cadet du défunt président de la république lors du procès qui se tient au tribunal Sidi M’Hamed concernant le financement occulte de la campagne du cinquième mandat présidentiel a, au cours de son interrogatoire par le juge nié totalement les accusations portées contre lui et qui font état de corruption, d’acquisition de biens illicites et d’abus d’autorité.
L’accusé qui n’était pas le seul sur le banc des accusés puisqu’il y avait également Ali Haddad n’a pas reconnu les faits qui lui sont reprochés et l’absence de preuves l’incriminant. En ce qui concerne l’acquisition de biens immobiliers illicites l’accusé a répondu qu’il a acquis en termes de propriété lui appartenant en propre deux logements. Le juge l’interrompant lui rappela qu’il e possède d’autres l’un à Alger centre, l’autre à Tlemcen, ce à quoi répondit le frère cadet de l’ex président que ces logements en question sont un héritage, l’un de son frère défunt Mustapha, l’autre de sa défunte mère. Il est évident que Saïd Bouteflika doit avoir en sa possession les documents attestant ces héritages. Il reste donc pour l’accusation que celle d’abus d’autorité ou signatures de documents officiels que l’accusé ne pouvait signer n’ayant pas l’autorité pour le faire. Cette accusation Saïd ne pourra pas la démonter car l’enquête a prouvé que c’était le cas. Il sera sans doute condamné pour cela. En fait on assiste à un procès du régime politique précédent qui a gouverné le pays pendant une vingtaine d’années. La preuve tous les acteurs dont la plupart d’entre eux sont actuellement emprisonnés ont participé d’une manière ou d’une autre à la mise en place d’un pouvoir parallèle coexistant avec les institutions qui leur servaient de relais d’où cette impunité dont ils jouissaient car la justice était à l’époque entièrement soumise aux règles édictées par le sommet de l’État. À présent que celle-ci est libérée de ses enclaves elle agit en rétablissant des faits qui auraient dû être jugés en leur temps. Cette rétroactivité que l’appareil judiciaire assume aujourd’hui dérange quelque part l’esprit des lois de la république car les magistrats auraient dû intervenir en temps opportun. Certes ils en étaient empêchés par un verrouillage puissant qui s’exerçait à leur encontre. Un exemple illustre parfaitement un tel verrouillage, celui de Zeghmati lequel avait signé un mandat d’arrêt contre l’ami intime de l’ex président de la république, Chakib Khalil. Ce magistrat a été dessaisi de l’affaire et a été muté ailleurs. Il y a eu peut-être des magistrats insoumis qui se sont retrouvés dans le même cas de figure. À présent que l’institution judiciaire constitutionnellement indépendante a acquis la certitude que les procédés qui existaient dans le passé n’existent plus rien n’empêche désormais de juger uniquement par le droit tel qu’il est défini dans les codes. Il reste néanmoins beaucoup à faire car si constitutionnellement la justice est indépendante et qu’aucune influence de quelque nature qu’elle soit ne peut s’exercer contre elle il existe encore un état d’esprit qui reste ancré dans les anciennes pratiques. Par exemple il y a toujours un blocage mu par une crainte au demeurant injustifiée que si l’État accuse une personne ou un groupe de personnes c’est que l’État a raison et qu’on doit suivre à la lettre cette raison. Or le droit en Algérie est suffisamment clair puisqu’il fait sienne la présomption d’innocence qui dit que toute personne est déclarée innocente jusqu’à preuve de sa culpabilité. Il se trouve que ce principe immuable et intangible reconnu par la justice du pays n’est pas toujours pris en compte et cela fait partie des anciennes pratiques qui n’ont plus lieu d’exister.
