Le ministère du commerce dont le ministre qui s’en occupait avant le remaniement a cédé sa place à un nouveau sera jugé sur sa capacité et son efficacité à lutter contre toute forme de spéculation ce mois de Ramadan. Ce sera une lourde tâche car déjà les prix à la consommation connaissent une flambée sans précédent. Il faudra donc doubler, voire tripler les contrôles à tous les niveaux, en amont et en aval.
Il ne s’agit pas de passer de temps en temps comme on le fait d’habitude à grand renfort de publicité pour montrer que le agents des directions du commerce implantées dans toutes les wilayas du pays font des interventions en faisant quelquefois du zèle inutile, exigeant des factures de tous les produits étalés, sachant bien que c’est une tâche complexe car souvent certains produits, pour ne pas dire la plupart, sont achetés par les commerçants sans facture. Leur saisie ne résoudra pas le problème car d’une part les étals où ils sont exposés deviendraient vides, ce qui, entre parenthèses sanctionnerait lourdement les consommateurs qui se rabattront sur des produits locaux dont la qualité est connue pour sa médiocrité et dont les quantités font souvent défaut. De plus les commerçants qui se voient saisir leur marchandise, souvent payée au prix fort, ressentent cela comme une injustice irréparable. Alors comment devront procéder les contrôleurs de prix ? Leur marge de manœuvre est réduite car utiliser constamment l’argument saisie est un acte contraire à la liberté des prix des produits non subventionnés par l’État. Le gouvernement sait pertinemment bien qu’il ne peut imposer des prix à perte aux commerçants car le concept même de l’économie de marché en prendrait un coup. Il est donc obligé de laisser faire, ce qui ne veut pas dire pour autant s’abstenir d’agir. Il peut comparer les prix des produits de consommation non soumis à la subvention étatique d’un commerçant à un autre et arriver à un compromis du juste milieu qui permettrait au commerçant de bénéficier d’une marge bénéficiaire cohérente et non excessive des produits étalés dans son commerce. Pour arriver à cela il faudra agir en amont en associant l’organisation nationale des commerçants dans la définition des prix raisonnables qui doivent satisfaire le commerçant et le consommateur. Cet affichage des prix, rendu public rendrait toute forme de spéculation hors la loi et c’est là où les contrôleurs des prix doivent agir. Il n’est pas normal en effet que des prix de produits courants soient moins chers chez un commerçant et plus cher, souvent le double, chez un autre. La spéculation telle qu’elle est définie économiquement est de la surenchère dont les auteurs engrangent des profits exagérés. C’est ce genre de commerçants spéculateurs qu’il faudra sanctionner et cela commence par le grossiste qui est souvent à l’origine des pratiques spéculatives. L’autre manière de mettre fin à cette surenchère des prix est celle de mettre hors d’état de nuire tous les réseaux qui se sont spécialisés dans la fuite des marchandises vers le pays voisins car toutes ces quantités qui partent dans la clandestinité hors des frontières nationales contribuent à réduire celles qui sont écoulées sur le territoire national et causent des pénuries, lesquelles sont toujours ressenties par nos consommateurs. Il est plus que certain qu’au cours de ce Ramadhan 2023 la spéculation sera au rendez–vous. La réponse du ministère du commerce, tout en étant mesurée et faisant abstraction de toute injustice à l’égard des commerçants doit se concentrer sur un affichage des prix contentant tout le monde même si c’est à cause de l’inflation, phénomène qu’on ne doit pas ignorer et qui reste forte, les prix continueront, malgré tout d’être chers.
