L’Algérie, un Pilier de Soutien au Liban Approvisionnement en Fioul et Enjeux de la Crise Énergétique

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En ce mois d’août 2024, alors que le Liban se débat dans une crise énergétique d’une ampleur sans précédent, l’Algérie s’est distinguée par une action marquante et solidaire. La décision du président de la République algérienne, Abdelmadjid Tebboune, d’envoyer immédiatement des cargaisons de fioul pour aider le Liban à surmonter cette crise a été largement saluée par les responsables politiques et économiques libanais.

Ce geste, loin d’être anodin, illustre la profondeur des liens fraternels qui unissent les deux nations, tout en soulignant les défis majeurs auxquels fait face le secteur énergétique libanais. Conformément aux instructions présidentielles, un navire, In Eker, a été spécialement réquisitionné pour mener à bien cette mission humanitaire. Ce bateau, qui a jeté l’ancre dès 03h00 du matin au port de Skikda, a commencé son chargement de fuel à 20h00 le même jour. La rapidité et l’efficacité de cette opération témoignent de l’engagement algérien à répondre sans délai aux besoins urgents de ses partenaires. Les équipes en charge du soutage à partir de la raffinerie RA1K ont rapporté que le chargement progresse à un rythme soutenu. Selon les prévisions, l’opération devrait être finalisée aux alentours de 15h00, permettant au navire de quitter les eaux algériennes dès 21h00 pour rejoindre le Liban. Cette rigueur dans l’exécution de la mission souligne la détermination de l’Algérie à soutenir son partenaire en temps de crise.

Un Acte de Solidarité Salué par les Responsables Libanais

La décision algérienne d’approvisionner en urgence le Liban en fioul a été accueillie avec une reconnaissance unanime. Le ministre libanais de l’Industrie, Georges Bouchikian, n’a pas tari d’éloges en qualifiant cette initiative de « noble, sincère et généreuse ». Il a souligné l’importance de cet approvisionnement pour maintenir les centrales électriques en activité, dans un contexte où le Liban fait face à des pénuries d’électricité dévastatrices. Cette décision est perçue non seulement comme une aide matérielle, mais aussi comme un symbole de la fraternité indéfectible entre les deux pays. Le ministre de l’Énergie et des Ressources hydrauliques, Walid Fayad, a également salué l’intervention algérienne, la qualifiant de « soutien véritable et constant ». Pour le peuple libanais, ce geste renforce l’image d’une Algérie toujours présente aux côtés de ses frères en temps de crise, une Algérie qui, malgré ses propres défis, n’hésite pas à tendre la main pour aider un pays en difficulté.

Le Contexte de la Crise Énergétique Libanaise

La crise énergétique que traverse le Liban aujourd’hui trouve ses racines dans des décennies de mauvaise gestion, de corruption et de sous-investissement. Depuis la fin de la guerre civile, le secteur de l’électricité publique a été le théâtre de multiples scandales, notamment l’affaire Sonatrach en 2020, où du fioul frelaté avait été livré aux centrales libanaises, entraînant une dégradation de la production d’électricité. Cette affaire a profondément ébranlé la confiance des Libanais envers leurs dirigeants et mis en lumière l’ampleur des dysfonctionnements au sein de l’État.
L’Électricité du Liban (EDL), la société publique en charge de la production et de la distribution d’électricité, est criblée de dettes et fonctionne bien en deçà de ses capacités. La vétusté des infrastructures et la dépendance excessive aux importations de combustibles aggravent une situation déjà critique. Les coupures d’électricité, qui peuvent durer jusqu’à 23 heures par jour, ont conduit à une privatisation de facto du secteur, avec un marché des générateurs privés dominé par des réseaux mafieux.

L’Algérie, un Soutien Temporaire mais Crucial

Dans ce contexte, l’aide algérienne apparaît comme un soulagement temporaire mais essentiel. Les cargaisons de fioul envoyées par l’Algérie permettent de maintenir l’alimentation en électricité des infrastructures vitales, telles que les hôpitaux, l’aéroport de Beyrouth, et les prisons. Cependant, cette solution, bien que salutaire, ne peut compenser les retards dans les livraisons de fioul irakien, suspendues en raison de difficultés financières. Le geste de l’Algérie résonne comme un rappel de la nécessité d’une réforme profonde du secteur énergétique libanais. Les partenaires internationaux du Liban, notamment les pays donateurs, ont déjà insisté sur l’importance de telles réformes lors de conférences comme Paris III et CEDRE. Cependant, l’inertie du gouvernement libanais à mettre en œuvre ces changements continue de bloquer l’accès à une aide financière plus conséquente.
L’approvisionnement en fioul offert par l’Algérie au Liban s’inscrit dans une tradition de solidarité et de coopération entre les deux pays. Ce geste, hautement symbolique, est une bouffée d’air frais pour un Liban étouffé par une crise énergétique sans précédent. Néanmoins, pour que cette aide ponctuelle soit réellement bénéfique à long terme, elle doit s’accompagner d’efforts soutenus pour réformer en profondeur le secteur de l’énergie au Liban, un secteur gangrené par des années de corruption et de mauvaise gestion. L’Algérie, en tendant la main au Liban, montre la voie, mais c’est au Liban de saisir cette opportunité pour construire un avenir énergétique plus stable et transparent

.Par Mohamed Tahar Aissani

 

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