Interdiction d’El Mordjene Le ministère français de l’agriculture a-t-il raison ?

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En quelques semaines, la pâte à tartiner El Mordjene, produite par la marque algérienne Cebon est passée du statut de simple produit alimentaire à celui de symbole d’une bataille économique. Son interdiction en France a mis en lumière les mécanismes complexes qui régissent le marché européen et les pressions exercées par les lobbys de l’industrie agroalimentaire. Une situation qui a poussé le ministère de  ‘agriculture francais à donner des explications.

En effet, le ministère français de l’Agriculture a expliqué que  la suspension de l’importation de la pâte à tartiner El Mordjene, est due à  des « déclarations à l’importation erronées ». Cette explication, délivrée dans une déclaration au quotidien «Les Echos », a soulevé de nombreuses interrogations. Selon la même source, l’affaire a pris naissance suite à une demande d’information d’un transitaire, responsable des formalités douanières pour les marchandises importées. Après une expertise menée par les autorités compétentes en France, il a été conclu que le produit ne remplissait pas les conditions pour être commercialisé sur le marché européen. Cette interdiction repose donc sur le règlement européen (UE) 2021/405, qui énumère les pays tiers autorisés à exporter certains produits alimentaires, y compris les produits laitiers. L’Algérie, d’où provient El Mordjene, ne figure pas sur cette liste, car elle ne dispose pas d’établissements agréés pour la transformation de ces produits par l’Union européenne. Cependant, selon le ministère français de l’Agriculture, aucun risque sanitaire pour les consommateurs n’a été identifié. Cette précision a renforcé l’incompréhension générale, car elle semble indiquer que l’interdiction ne relève pas de raisons sanitaires.

Un produit victime de son succès ?

Face à cette situation, la société Cebon, productrice d’El Mordjene, n’a pas tardé à réagir par l’intermédiaire de son porte-parole, Ouzlifi Amine. Dans une interview accordée au média « Algérie aujourd’hui », il a dénoncé des motifs qu’il juge infondés. Il a notamment précisé que la pâte à tartiner est fabriquée à partir de poudre de lait importée de France, et non d’un pays extracommunautaire. Selon lui, le succès fulgurant d’El Mordjene serait à l’origine de cette polémique. Pour Cebon, cette mesure serait une tentative pour freiner l’essor de leur produit, perçu comme une menace par les géants de l’industrie, tels que Ferrero, le fabricant de Nutella. Dans ce sillage, M.Ouzlifi a également souligné que la pâte à tartiner El Mordjene a été exportée vers d’autres pays comme les États-Unis et le Canada, sans rencontrer de restrictions similaires. Il s’est donc interrogé sur le timing de cette interdiction, la jugeant suspecte : «Pourquoi attendre que le produit connaisse un tel succès pour agir ? » a-t-il lancé.

L’influence des lobbys industriels en question

Il convient de souligner que cette interdiction a suscité une levée de boucliers de la part des consommateurs d’El Mordjene, ainsi que de nombreuses critiques visant l’influence des lobbys industriels. Certains observateurs estiment que cette décision pourrait être le résultat de pressions exercées pour protéger les parts de marché des grandes entreprises agroalimentaires. En France, où le marché de la pâte à tartiner est largement dominé par Nutella, l’arrivée d’un concurrent apprécié pour son goût et sa texture pourrait être perçue comme une menace directe. Le soutien de nombreux influenceurs sur les réseaux sociaux à El Mordjene a renforcé cette théorie. Certains affirment même que la pâte à tartiner algérienne surpasserait Nutella en termes de qualité gustative. Ainsi, la suspension de l’importation d’El Mordjene semble révéler, au-delà des raisons officielles, un enjeu commercial plus large, où la concurrence entre petits fabricants et grands groupes se joue sous l’ombre des lobbys industriels.

Par Kheireddine Boukhalfa

 

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