L’Allocation Touristique en Algérie :Une Avancée Attendue, des Enjeux Complexes

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L’annonce de l’augmentation de l’allocation touristique à 750 euros, prévue pour entrer en vigueur avant la fin du Ramadan ou juste après l’Aïd El-Fitr, marque une rupture avec l’ancienne dotation de 15 000 dinars (environ 100 euros), figée depuis 1997. Cette mesure, très attendue par les voyageurs algériens, suscite autant d’espoir que d’interrogations, tant sur sa mise en œuvre que sur ses conséquences économiques. Selon les dispositions annoncées, l’octroi de l’allocation touristique se fera en plusieurs étapes : Le voyageur devra se rendre dans une succursale de la Banque d’Algérie muni des documents justificatifs (passeport, visa, billet d’avion, assurance voyage, et l’équivalent en dinars du montant demandé) afin d’obtenir un récépissé. Ce document permettra de retirer la somme en devises aux guichets bancaires situés dans les halls d’embarquement des aéroports et ports, après le passage des formalités de police et de douane. Une telle mécanique de distribution présente plusieurs défis logistiques et sécuritaires. L’approvisionnement en devises de tous les points de sortie du territoire national implique une coordination rigoureuse entre les institutions financières, les douanes et les services de sécurité. Or, la gestion des liquidités et le transport d’importantes sommes en espèces posent des risques évidents, tant pour les guichetiers que pour les voyageurs. Le système actuel prévoit une délivrance exclusive de l’allocation au moment du départ, ce qui pourrait entraîner des complications majeures. Par exemple : Un vol programmé tard le soir depuis un aéroport secondaire (comme Chlef ou Tébessa) pourrait être opéré sans que la Banque d’Algérie ait eu le temps d’approvisionner son guichet en devises. Un retard technique ou administratif pourrait priver certains passagers de leur allocation et les placer dans une situation précaire une fois arrivés à destination. Les populations frontalières, en particulier les Touaregs et autres groupes nomades, pourraient voir dans cette allocation une opportunité de change informel, accentuant ainsi les fuites de devises.

L’Impact sur le Marché Noir des Devises

L’introduction de cette allocation pourrait avoir un impact sur le marché informel des devises, où le taux de change est souvent bien supérieur à celui proposé par les banques. Si la distribution est effective et fluide, une partie des demandeurs pourrait délaisser le marché noir. Cependant, plusieurs économistes, dont Brahim Guendouzi, estiment que la somme allouée reste insuffisante pour bouleverser significativement l’offre et la demande sur ce segment. Plutôt que de maintenir une distribution physique des devises, une alternative plus moderne pourrait être l’introduction d’un système de cartes bancaires internationales préchargées en euros ou en dollars, utilisables directement à l’étranger. Cette solution aurait plusieurs avantages : Elle éliminerait le besoin de manipulation d’espèces, réduisant ainsi les risques de fraude et de vol. Elle permettrait une distribution anticipée de l’allocation, offrant plus de souplesse aux voyageurs. Elle favoriserait une transition vers un système financier plus transparent et connecté aux standards internationaux.

Une Mesure Nécessaire mais Perfectible

Si l’augmentation de l’allocation touristique constitue une avancée notable, sa mise en œuvre demeure perfectible. L’État devra veiller à une distribution efficace, en anticipant les risques logistiques et financiers liés à la gestion des devises en espèces. Une réforme plus structurelle, intégrant les nouvelles technologies bancaires, pourrait être une alternative plus durable et sécurisée, répondant aux attentes des voyageurs tout en protégeant les réserves de change du pays.

Par Mohamed Tahar Aissani

 

 

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