Il ne se passe guère un jour sans que les tensions entre Paris et Alger ne s’invitent sur les plateaux télés français et souvent la désinformation concernant l’Algérie prime sur le débat objectif. Au final on accuse l’Algérie de tous les maux et on s’affranchit d’un passé des plus sombres qui continue d’empoisonner les esprits français qui refusent la moindre culpabilité.
La conférence de presse donnée mercredi dernier par François Bayrou entouré d’Elisabeth Borne, Bruno Rotaillau et Jean Noel Barrot ne laisse à présent aucun doute sur l’intensité de la crise diplomatique qui secoue les deux pays. Celui qui alluma la mèche n’est autre que le ministre français de l’intérieur, ennemi juré et déclaré de l’Algérie. Une mèche qui attisa un brasier qui couvait depuis l’annonce par le président français de la reconnaissance par la France de la «marocanité» du Sahara occidental . Pour l’Algérie et spécialement de son président qui pourtant entretenait des liens exceptionnels avec son homologue français, cette annonce est un véritable couteau planté dans le dos de l’Algérie. Depuis lors et sachant que cette reconnaissance, contraire au droit international et aux résolutions adoptées par l’ONU, allait faire réagir l’Etat algérien au plus haut de son sommet les partis politiques algérophobes classés tous à l’extrême droite, à droite sans distinction aucune et pour la première fois dans une partie affiliée au centre droit se sont sentis pousser des ailes. Pour la première fois la décision de privilégier les relations avec le Maroc au détriment de celles entretenues depuis l’indépendance avec l’Algérie éclata dans toute son immensité et poussa ses admirateurs à surenchérir avec l’Algérie, voulant manifestement régler un contentieux franco algérien qui n’a pas cessé de prendre du poids depuis la nationalisation des hydrocarbures décidée par le pouvoir politique nationaliste en février 1971. On se souvient de cette crise sans précédent qui avait déclenché au cours de cette décennie soixante dix une avalanche d’attaques racistes contre les ressortissants algériens établis en France. Beaucoup de nos compatriotes furent tués et un climat de terreur s’installa avec la complicité des forces de l’ordre. La réaction de la communauté maghrébine alors unie, celle d’origine africaine et ce qu’on appelait alors le peuple de gauche à travers des manifestations géantes à Paris, Marseille e d’autres villes de France fit alors fléchir le courant raciste, xénophobe et particulièrement anti algérien. L’arrivée en 1981 de François Mitterrand au pouvoir et sa décision de régulariser tous les sans papiers se trouvant en France dont de nombreux algériens mit fin à ce brasier sans toutefois l’éteindre définitivement. Le feu couvait sous les cendres. L’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy qui ne cachait pas son désamour pour l’Algérie et sa passion démesurée et sans limite pour le Maroc allait redonner à cette droite conservatrice et identitaire toutes les raisons de resurgir pour remettre en question tous les accords conclus avec l’Algérie, cette ennemie publique de tous les nostalgiques de l’Algérie française. Encore une fois l’éviction électorale de Sarkozy par François Hollande va faire ravaler la haine qui reste pourtant coincée dans la gorge de ces droites politiques. L’arrivée du libéral Emmanuel Macron qui créa la surprise en divisant profondément la droite conservatrice en l’affaiblissant ainsi que le rapprochement d’abord en dents de scie du président français avec son homologue algérien qui venait d’être élu après la démission fracassante de l‘ex président au pouvoir depuis vingt ans. Après un quiproquo vite effacé par la visite à l’époque à Alger du ministre Le Drien. Une transparence vit alors le jour entre les deux présidents. Un climat de détente va créer une dimension relationnelle jamais connue auparavant entre les deux pays surtout quand le président français prit la décision d’ouvrir au débat entre experts des deux cotés de la Méditerranée sur la question mémorielle. Tout allait bien dans le meilleur des mondes, au moins on le croyait vraiment à l’époque. A tel point que ces questions QQTF et OQTF qu’on trouve empoisonnantes aujourd’hui trouvaient toujours les réponses adéquates. Il suffisait d’un coup de fil de Macron à Tebboune ou une visite impromptue de Gérald Darmanin un petit fils du pays pour que des expulsions de clandestins algériens indésirables car ayant commis des exactions inacceptables dans le pays d’accueil se fassent dans une entière discrétion et sans donner l’impression de l’existence d’un différent sur cette question sensible pour la France et dont l’Algérie connait la complexité. Tout va pourtant partir à vau l’eau quand comme nous l’avons souligné en début de cet article le président français dans un volte face incompréhensible mit fin à cette lune de miel que l’on croyait durable entre la France et l’Algérie en cassant délibérément ce qui semblait être un consensus ente les deux pays, celui de ne pas soulever la question du Sahara occidental . L’Algérie n’a jamais demandé à la France de reconnaitre la justesse de la position algérienne sur le dossier sahraoui. Alger a seulement demandé à Paris une position neutre à l’instar des autres pays européens hormis l’Espagne laquelle finalement s’est rétractée et a repris sa position initiale. Si dans un incroyable scénario Trafalgar comme il nous a habitué récemment par son coté imprévisible le président français par un tour de passe -passe dont il est passé maitre revient sur sa décision de reconnaissance précipitée d’une pseudo marocanité du Sahara occidental, Alger s’en réjouirait assurément et comme par un coup de baguette magique cette crise qui existe aujourd’hui entre les deux pays disparaitra aussi subitement qu’elle est apparue par ailleurs soudainement.
