France et Liberté d’Expression :Un Concept à Géométrie Variable

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Ah, la France ! Ce pays des Lumières, patrie de Voltaire et de la liberté d’expression érigée en dogme sacré… sauf quand cette même liberté menace de réveiller quelques fantômes coloniaux enfouis sous le tapis de la « Grande Nation ».

L’affaire Jean-Michel Aphatie en est l’illustration parfaite. Ce journaliste, pourtant bien installé dans le paysage médiatique hexagonal, vient de découvrir que certaines vérités ne sont pas bonnes à dire. Son crime ? Avoir osé comparer le colonialisme français aux exactions nazies. Sacrilège ! La station RTL, horrifiée par tant d’insolence, l’a immédiatement écarté de l’antenne. On imagine sans peine les réunions en catastrophe dans les hautes sphères de la radio : « Mais enfin, Jean-Michel, vous auriez pu dire que c’était une mission civilisatrice ! Pas un massacre ! »

La sanction n’a pas tardé : Aphatie mis au placard, suivi d’une ouverture d’enquête par l’Autorité de régulation de l’audiovisuel. Apparemment, en France, on peut impunément qualifier l’immigration de « grand remplacement » ou affirmer que l’Algérie était un « cadeau » de la France, mais il ne faut surtout pas pointer du doigt certaines réalités historiques.

Deux poids, deux mesures : une spécialité française

Car pendant qu’Aphatie se fait clouer au pilori, d’autres voix, elles, résonnent sans entrave. Prenez Éric Zemmour, cet histrion de la réaction, qui, dans un énième élan de nostalgie colonialiste, a récemment affirmé que l’occupation française de l’Algérie était « une immense chance ». Et curieusement, silence radio du côté des autorités médiatiques. Aucune suspension, pas d’enquête, pas d’indignation outrée. Mieux encore : les plateaux télés continuent d’être envahis par des experts autoproclamés qui se passent le micro pour recycler les mêmes refrains anti-Algérie et xénophobes. Si un journaliste ose évoquer les crimes coloniaux, il devient un « extrémiste de gauche » ou un « propagandiste indigéniste ». Mais si un autre s’amuse à glorifier la colonisation, alors c’est un « intellectuel courageux qui défie la pensée unique ».

Une « liberté d’expression » très bien encadrée

Désormais, la liberté d’expression en France fonctionne avec un mode d’emploi très clair :Vous pouvez insulter les minorités, pas de souci. Vous pouvez réécrire l’histoire coloniale, aucun problème.Vous pouvez minimiser la répression du 17 octobre 1961 ou l’utiliser comme argument humoristique, on applaudira votre « provocation ».Mais osez comparer la France coloniale à d’autres régimes criminels, et vous serez immédiatement cloué au pilori. Quelle belle leçon de démocratie et d’objectivité journalistique !

Quand la vérité fait peur…

Si la France se targue d’être le pays des libertés, elle montre surtout qu’elle a une peur bleue de son propre passé. Il faut croire que les fantômes d’Alger, de Sétif et de Guelma sont encore trop présents dans les consciences pour que la réconciliation historique soit possible. En attendant, Jean-Michel Aphatie rejoint la longue liste des voix dissidentes muselées par une mémoire à géométrie variable. Mais que les censeurs se rassurent : la vérité finit toujours par ressurgir, même dans les contrées les plus hostiles à son émergence. Et pendant ce temps, sur les plateaux télés, on débat passionnément de l’immense génie d’un certain Napoléon et de la grandeur civilisatrice de la mission française…

Par Mohamed Tahar Aissani

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