Par Mohamed Tahar Aissani—/—Ce n’est plus un simple refroidissement : entre l’Algérie et la France, le mercure diplomatique est en chute libre. À l’aube de la saison estivale, une crise larvée se précise, une de plus entre deux nations liées par l’histoire et les blessures, mais qui n’ont jamais su, jusqu’à présent, guérir de leurs malentendus ni soigner leurs egos.
Un parfum de revanche flotte dans l’air. Selon le site Visas & Voyages Algérie, l’été 2025 pourrait marquer une inflexion brutale dans le régime des visas entre Paris et Alger, sur fond de tensions persistantes qui, depuis près d’un an, se sont durcies jusqu’à atteindre le cœur même de l’appareil consulaire. Le constat est glaçant : neuf consulats algériens en France, dont ceux de Paris et Marseille, tournent à vide faute de titulaires. La raison ? Paris fait de la résistance. Elle refuse tout bonnement d’agréer les nouveaux consuls proposés par Alger. Un silence administratif lourd de sens, interprété de ce côté-ci de la Méditerranée comme un geste de défi, voire de mépris. Alger, qui n’est jamais avare en contre-mesures, a répliqué. Quinze diplomates et agents consulaires français fraîchement débarqués ont été priés de repartir, malgré leurs passeports diplomatiques, normalement synonymes de passage libre. L’Algérie, dans un revirement inhabituel, exige désormais des visas préalables pour tous les détenteurs de passeports spéciaux français. Vendredi 17 mai, la France a rendu la pareille: tous les diplomates et personnels algériens, même les consuls, devront désormais demander un visa pour fouler le sol français. Le ton est donné. À défaut de dialogue, ce sont les guichets qui parlent. Et ils parlent en délais, en blocages, en humiliations bureaucratiques.
L’été de toutes les incertitudes
Si ces tensions restent encore cantonnées à l’espace diplomatique, leur onde de choc menace de se propager au grand public. L’été, période charnière pour des millions de binationaux et de familles séparées entre les deux rives, pourrait vite se transformer en parcours du combattant administratif. Le site VVA tire la sonnette d’alarme: en raison des postes vacants, des transferts gelés et d’un climat délétère, les demandes de visas risquent de connaître des retards records. Plus grave encore, certaines sources évoquent un possible gel des quotas de délivrance, tant pour les Algériens désireux de visiter la France que pour les Français projetant un été à Alger, Oran ou Béjaïa. On sait combien les files d’attente devant TLS Contact ou VFS Global suffisent déjà à éprouver la patience des plus endurants. Mais si le contentieux se durcit, c’est tout un été de retrouvailles, de mariages, de pèlerinages familiaux qui pourraient être sabordés par des formulaires en suspens.
Une crise révélatrice d’un lien dysfonctionnel
Cette nouvelle crise, symptomatique d’un dialogue bloqué, vient s’ajouter à une longue série de tensions diplomatiques. Tantôt sur la mémoire, tantôt sur les flux migratoires, tantôt sur les déclarations irréfléchies d’un côté ou de l’autre, la relation algéro-française ressemble à une cohabitation forcée entre deux partenaires qui s’aiment mal, mais qui ne peuvent se quitter. En creux, cette crise de visas dit autre chose : elle traduit l’échec d’une relation à se refonder sur des bases apaisées, débarrassées des rancunes coloniales et des réflexes de puissance. Chaque passeport tamponné devient un symbole, chaque refus un camouflet, chaque visa accordé une faveur accordée à contrecœur.
Vers une désescalade ou un durcissement ?
Rien, pour l’instant, ne semble indiquer une désescalade. Ni côté français, englué dans ses logiques sécuritaires et électoralistes, ni côté algérien, où la souveraineté demeure un totem intouchable. Reste à espérer que les signaux faibles soient entendus, que les consuls retrouvent leurs postes, que les tampons reprennent leur course mécanique et que les frontières redeviennent des ponts plutôt que des murailles. Car entre Alger et Paris, il y a encore, au-delà des intérêts politiques, des histoires de sang, de cœur et de mémoire à préserver. L’été approche. Et avec lui, l’épreuve du réel.
