Quand Ghaza s’entraîne sur le sol marocain:
Golani exporte ses tunnels et sa guerre

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Par Mohamed Tahar Aissani—/—

Il y a des images qui giflent la conscience, qui traversent les écrans comme des projectiles. Elles ne laissent ni place au doute, ni refuge à l’indifférence. Cette fois, ce sont des photos capturées au cœur du royaume marocain qui ont déclenché l’onde de choc : des soldats du tristement célèbre Golani Brigade — fer de lance de l’armée israélienne dans ses offensives contre Ghaza — en pleine manœuvre commune avec des unités d’élite du Royaume.

Scène d’un réalisme brutal : entraînement à la pénétration de tunnels, simulations de combat souterrain. La guerre de Ghaza, littéralement reconstituée sous le ciel marocain. C’était dans le cadre des manœuvres “African Lion 2025”, ces grands exercices conjoints pilotés depuis Washington, auxquels participent chaque année une quarantaine de nations. Cette fois, cependant, l’image qui s’est imposée est celle de l’armée israélienne reproduisant, sur le sol d’un pays arabe, ses techniques de guerre les plus controversées — celles mêmes qui ont transformé la bande de Ghaza en cimetière d’enfants et en abîme d’angoisses. Ce ne sont pas des manœuvres ordinaires. Ce sont des scènes qui font écho à des réalités en cours. Ghaza brûle encore. Les hôpitaux croulent. Les écoles servent de refuges de fortune. Et pendant ce temps, les commandos du Golani — revenus à peine de la ligne de feu — transmettent leur savoir-faire à leurs homologues marocains. L’uniforme marocain s’exerce désormais à explorer les boyaux de la terre comme s’il s’agissait d’un front commun, d’une guerre partagée. Le tout, dans un silence diplomatique pesant, mais sous les cris sourds d’un peuple palestinien qui n’en finit plus d’être sacrifié.

L’indécence d’un drapeau : l’instant qui a tout fait basculer

Le feu est devenu incendie lorsqu’une image de groupe a émergé. Des soldats israéliens, fiers et droits, brandissent leur drapeau bleu et blanc aux côtés de leur étendard militaire, au beau milieu d’un terrain d’entraînement marocain. Ce n’est plus une collaboration. C’est une parade. Une affirmation. Et pour beaucoup, un affront. Les réseaux sociaux se sont embrasés. Comment tolérer la présence ostentatoire d’un symbole de l’occupation, alors même que les massacres continuent à Ghaza ? Comment justifier cette militarisation du “normal” dans un contexte aussi anormal ? Des observateurs n’ont pas manqué de qualifier la scène de “blessure ouverte dans la conscience arabe”, un aveu brutal de la mue géopolitique du Maroc, engagé sans ambages dans une normalisation militaire avec Tel-Aviv. Certes, le Maroc n’est pas le premier. Les accords d’Abraham ont redessiné les cartes diplomatiques d’une région longtemps figée dans des postures symboliques. Mais il y a des gestes qui ne se pardonnent pas, surtout quand ils interviennent à un moment où l’humanité tout entière assiste, médusée, à l’anéantissement systématique d’un peuple. Former ses troupes aux tactiques israéliennes, c’est une chose. Le faire avec ceux qui viennent de Ghaza, c’est autre chose. Leur offrir un terrain d’entraînement grandeur nature, c’est entrer dans l’Histoire comme complice de ce qu’on prétendait naguère dénoncer. Ce n’est plus une coopération technique. C’est une compromission morale.

Quand les tunnels deviennent symboles

Dans la guerre moderne, les tunnels ne sont plus seulement des passages. Ce sont des métaphores. À Ghaza, ils sont devenus les seules artères vitales d’un peuple assiégé. Pour l’armée israélienne, ils sont le cauchemar stratégique à éradiquer. Pour les peuples libres, ils sont devenus le dernier bastion d’un courage qui refuse de mourir. Les reproduire ailleurs, c’est donner corps à l’illusion que tout est transposable, que la douleur palestinienne est un objet d’étude, un prototype militaire. Mais le sol marocain n’est pas neutre. Il est mémoire, il est lutte, il est serment d’une solidarité arabe que la rue, elle, n’a jamais reniée. Les tunnels de Ghaza, creusés de larmes et de sang, ne devraient pas servir de terrain de jeu à ceux qui, hier encore, prétendaient soutenir la cause palestinienne. Pour les jeunes générations maghrébines, c’est un moment de bascule. Entre ceux qui s’enragent, dénoncent, manifestent en ligne, et ceux qui découvrent, désabusés, l’étendue du cynisme politique. Une fracture s’élargit entre États et peuples, entre diplomaties officielles et solidarités viscérales. Ghaza, encore une fois, est le révélateur. Elle révèle ce que chacun préfère taire : que le cœur du monde arabe bat toujours, malgré tout, pour cette cause qui refuse de mourir. Et que ceux qui, dans l’ombre ou en pleine lumière, s’alignent avec le bourreau, devront un jour en rendre compte — non pas à la Cour pénale, mais à l’Histoire et à leurs propres enfants.

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