Par Mohamed Tahar Aissani—/—
Il y a des patries qui s’aiment en chantant, d’autres en pleurant. L’Algérie, elle, s’aime debout. Avec la gorge nouée parfois, mais l’honneur intact. Elle ne demande rien, ne quémande rien, ne parade pas. Et pourtant, elle se tient là, droite, dans un monde de courbures, d’aplatissements, de génuflexions diplomatiques.
Elle dérange, parce qu’elle rappelle que l’arabité n’est pas un slogan usé, mais un serment scellé dans le feu et dans le sang. C’est une passion sans contact, une loyauté sans calculs, une admiration qui traverse les années, les frontières et les silences. Cela fait plus de quinze ans que je n’ai mis les pieds dans une ambassade algérienne, que je n’ai serré la main d’un officiel ou courtisé une quelconque reconnaissance. Je n’ai pas foulé les terres de l’Émir, ni flatté un pouvoir pour glaner une interview ou une tribune. Mais j’aime l’Algérie. Je l’aime parce qu’elle est ce pays rare dont le nom seul suffit à raviver en nous le souffle oublié des révoltes justes. Il y a dans l’Algérie une parole têtue, une verticalité morale qui survit à toutes les avanies du siècle. Une fidélité indéfectible à la cause palestinienne, aux douleurs arabes, à la mémoire des humiliés. Elle n’a jamais marchandé ses principes, jamais troqué sa souveraineté contre une place dans les salons du renoncement. Elle est cette voix sourde mais ferme, qui ne cède ni au vacarme des faux prophètes ni au charme vénéneux des compromissions. Ce n’est pas un amour aveugle. C’est une lucidité affective. L’Algérie n’est pas parfaite, mais elle est droite. Elle trébuche parfois, comme toutes les nations dignes, mais elle ne pactise pas avec l’indignité. Elle ne vend pas ses silences aux enchères, elle ne grimpe pas sur les ruines des autres pour exister. Elle construit, en silence. Et cela, dans un monde où tout se vend, s’achète et s’exhibe, est déjà un miracle. La grandeur de l’Algérie ne se déclame pas. Elle se ressent. Dans les larmes de ceux qu’elle a soutenus sans bruit, dans la colère contenue de ceux qu’elle a refusé de trahir. Elle est le pays arabe qui n’a jamais assisté, bras croisés, à l’humiliation des siens sans se lever. Le pays où l’on ne joue pas à l’arabe, mais où on l’est, jusqu’au dernier souffle. Dans les coulisses des sommets, elle gêne. Parce qu’elle ne se prête pas aux mascarades. Parce qu’elle ne tend pas la main pour recevoir des miettes d’honneur. Parce que, dans son silence, elle renvoie à chacun le miroir de sa propre reddition. Elle est cette Algérie qui, même dans le mutisme, hurle la vérité des peuples écrasés. Et dans ce siècle de renoncements, Abdelmadjid Tebboune, sans fanfare, a redressé un pays que beaucoup croyaient à bout de souffle. Relance industrielle, souveraineté économique, dignité diplomatique – des mots lourds de sens dans un monde qui en a perdu le goût. Mais en Algérie, on n’applaudit pas ces choses-là. On les vit. Et c’est cela, peut-être, le plus grand hommage. Alors oui, aimons l’Algérie. Aimons-la pour ce qu’elle est, non pour ce que nous projetons sur elle. Aimons-la pour cette fidélité sans condition qu’elle inspire, pour cette lumière discrète qu’elle maintient allumée au cœur de l’obscurité arabe. Aimons-la comme on aime un vieux serment que l’on n’a jamais renié, même dans la tourmente. Aimons-la parce qu’elle nous rappelle que l’arabité n’est pas un carnaval de drapeaux, mais une posture digne. Aimons-la parce qu’en elle, l’histoire n’est pas une marchandise, mais une mémoire vivante. Aimons-la, parce qu’elle ne nous a jamais trahis. Et parce qu’elle continue, vaille que vaille, à incarner cette part d’honneur que tant d’autres ont bradée. Oui, aimons l’Algérie. Et qu’on le sache. Cet article est un hommage journalistique librement inspiré du texte poignant de Sidi Ali Ould Belaamach, intitulé « لماذا نحب الجزائر؟ ». Il conjugue deux plumes, deux regards, une seule fidélité : l’amour indéfectible d’une Algérie debout, digne, irréductible.
