L’Union européenne, entre Alger et Tel-Aviv:
Le masque tombé d’une morale sélective

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Par Mohamed Tahar Aissani—/—Il arrive un moment où les masques finissent par tomber, où les postures diplomatiques polies ne parviennent plus à cacher les incohérences d’un ordre établi sur le deux poids deux mesures. L’annonce récente de l’Union européenne — qui envisage une procédure d’arbitrage contre l’Algérie pour prétendues restrictions commerciales — s’inscrit dans cette logique biaisée où l’éthique n’est qu’un prétexte maniable, et la souveraineté des peuples un détail gênant.

Le député Saïd Laanani, représentant de la communauté nationale en France, a levé le ton. Son communiqué, au-delà des habituelles indignations convenues, frappe par sa justesse et sa lucidité. Il ne s’agit pas seulement d’un différend commercial. Il s’agit d’un énième épisode d’une pièce dont le scénario est connu : Alger dans le box des accusés, pendant que Tel-Aviv, lui, bénéficie d’une impunité sur mesure. Le prétexte ? L’application rigoureuse par l’Algérie de ses choix souverains en matière de commerce extérieur, dans un contexte mondial traversé par les tensions, les guerres économiques, les fractures stratégiques. Bruxelles s’est soudainement réveillée gardienne tatillonne des clauses de l’accord de partenariat de 2005, agitant la fameuse clause de protection de l’investissement comme un glaive pseudo-juridique. Mais ce zèle, si prompt lorsqu’il s’agit d’Alger, devient curieusement amnésique quand il est question d’Israël. Depuis des années, l’État hébreu foule aux pieds la clause 2 de cet accord, celle qui fonde les relations avec l’Union sur le respect des droits humains et des principes démocratiques. Des villages rasés, des enfants tués à Rafah, des journalistes ciblés, des convois humanitaires bombardés. Pourtant, aucun arbitrage. Aucun rappel à l’ordre. Pire encore, les accords commerciaux, les ventes d’armes, les collaborations technologiques avec Tel-Aviv battent leur plein, comme si le massacre quotidien des Palestiniens n’était qu’un bruit de fond lointain. C’est là que le bât blesse. Car ce que l’Europe impose à Alger, elle le tolère — et même le soutient — chez d’autres. À commencer par Israël, mais pas seulement. Il suffit de voir les contorsions diplomatiques face à des pays comme l’Inde ou l’Égypte pour comprendre que l’éthique européenne est à géométrie variable. Elle ne s’active que lorsque les intérêts stratégiques, notamment français, sont en jeu. Et dans cette affaire, la France n’est pas une spectatrice. Elle est l’instigatrice masquée. L’Union européenne parle de « restrictions sur les entreprises », mais derrière ce langage feutré, c’est Paris qui pousse ses pions, vexée de voir son influence s’effriter dans une Algérie qui assume enfin une politique économique souveraine. C’est dans ce climat qu’éclate l’affaire Boualem Sansal, l’écrivain polémique devenu prétexte à une escalade feinte. Une manœuvre politique où la défense de la liberté d’expression n’est qu’un alibi commode pour masquer une volonté d’ingérence. La réaction algérienne ne s’est pas fait attendre. Par la voix du ministère des Affaires étrangères, Alger a dénoncé une procédure unilatérale, injustifiée et infondée, qui viole l’esprit même du partenariat. Mais au-delà de la réponse officielle, ce sont les mots du député Laanani qui résonnent comme un avertissement plus large. Il rappelle que défendre la souveraineté n’est pas un délit, que protéger ses marchés stratégiques n’est pas une trahison, et que l’Algérie n’a de leçons à recevoir d’aucune puissance se vautrant dans le double langage. L’enjeu est plus vaste. Ce bras de fer révèle une fracture profonde : celle entre un Sud global qui cherche à rééquilibrer les rapports Nord-Sud, à réécrire les règles d’un monde plus équitable, et une Europe toujours engluée dans ses réflexes postcoloniaux, convaincue que les anciens partenaires sont restés des vassaux. Il faut le dire sans détour : l’Union européenne n’a plus de légitimité morale à faire la leçon à quiconque. Pas tant qu’elle cautionnera, même tacitement, les crimes de guerre à Gaza. Pas tant qu’elle fermera les yeux sur l’apartheid israélien tout en fustigeant les choix économiques d’une Algérie qui refuse l’alignement aveugle. Le monde change, les alliances se déplacent, et les peuples observent. Alger ne recule pas, elle s’affirme. Et c’est peut-être cela, le véritable crime aux yeux de ceux qui veulent maintenir l’ordre ancien.

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