Macron et l’Algérie:
Un tournant diplomatique aux résonances historiques

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Par Mohamed Tahar Aissani—/—L’annonce d’Emmanuel Macron, lundi soir à New York, a eu l’effet d’un coup de tonnerre dans le ciel feutré de la diplomatie internationale. Devant un parterre de chefs d’État et de diplomates réunis pour une conférence consacrée à la paix au Proche-Orient, le président français a déclaré que la France reconnaissait officiellement l’État de Palestine.

Un geste attendu depuis des décennies, mais qui, par son timing et sa charge symbolique, dépasse le simple cadre d’une décision de politique étrangère. Car derrière ce mot prononcé à la tribune des Nations unies, c’est toute une page de l’histoire franco-algérienne et du combat palestinien qui resurgit. La presse française n’a pas manqué de relever la portée de cette annonce. Le Journal du Dimanche a titré sur un «triomphe diplomatique pour l’Algérie».  Une formule qui dit beaucoup : ce pays, qui fit de la Palestine une cause sacrée dès son indépendance, voit aujourd’hui ses positions consacrées par l’ancienne puissance coloniale. L’ironie de l’histoire n’échappe à personne : là où les dirigeants algériens rappelaient inlassablement à leurs homologues français la nécessité d’un tel geste, c’est finalement Macron qui franchit le pas, rompant avec l’attentisme des présidents qui l’ont précédé. Le poids de l’Algérie dans cette affaire est indéniable. C’est à Alger que Yasser Arafat proclama, le 15 novembre 1988, l’indépendance de l’État palestinien au nom du Conseil national palestinien. C’est à Alger aussi que la Palestine reçut sa première reconnaissance officielle, ouvrant la voie à plus d’une centaine de pays qui suivirent. Depuis, aucune alternance politique à Alger n’a infléchi ce cap : qu’il s’agisse de Boumediene, de Chadli, de Bouteflika ou de Tebboune, tous ont brandi la Palestine comme le prolongement naturel du combat anticolonial algérien. Le parallèle tracé par l’ancien ambassadeur français à Alger, Xavier Driencourt, entre l’occupation israélienne et le colonialisme français en Algérie, résume à lui seul la profondeur de cette conviction. Le choix de Macron ne va pas sans risque. À Paris, la classe politique est déjà divisée, certains saluant un geste courageux, d’autres dénonçant un isolement stratégique vis-à-vis des alliés occidentaux. Car en rompant avec la prudence européenne et l’alignement sur Washington, le président français s’inscrit dans une autre géographie morale : celle des nations qui, comme l’Algérie, considèrent que l’absence de reconnaissance a prolongé l’injustice historique faite aux Palestiniens. Mais cette audace pourrait coûter cher sur la scène intérieure, où les équilibres communautaires et diplomatiques restent fragiles. Au-delà de la polémique, un fait demeure : pour Alger, ce moment constitue un écho à son propre destin. Celui d’un pays qui a payé le prix fort pour son indépendance et qui, depuis, s’érige en conscience tiers-mondiste. Le 23 septembre 2025 marque peut-être l’aboutissement d’une longue insistance : rappeler au monde que la Palestine est une question de dignité, pas seulement de frontières. Pour l’Algérie, voir la France rejoindre enfin ce camp est bien plus qu’un symbole diplomatique : c’est une victoire mémorielle, presque une réparation implicite des décennies d’incompréhension et de déni. Reste la question essentielle : que vaut une reconnaissance si elle ne s’accompagne pas d’un véritable processus de paix ? Macron, se voulant artisan de ce nouvel élan, a rappelé que «l’attente n’est plus possible » et que la communauté internationale porte une responsabilité collective dans l’échec des négociations. De belles paroles, sans doute, mais dont l’efficacité se mesurera aux actes. L’avenir dira si ce geste marquera un tournant historique ou s’il ne restera qu’une ligne dans les archives des chancelleries. En attendant, pour l’Algérie, l’écho est clair : son combat ancien vient de trouver à Paris une reconnaissance éclatante. Et dans la mémoire des peuples, ce genre de victoire ne s’oublie pas.

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