Le Royaume chérifien est aujourd’hui le théâtre d’une guerre d’influence géopolitique complexe, où la France, partenaire historique en perte de vitesse, se heurte à une alliance stratégique Maroc-Israël florissante. Au milieu de ce jeu de puissances, une colère populaire gronde face aux crises sociales et à la situation au Proche-Orient, exacerbée par un silence assourdissant du Roi Mohammed VI, qui nourrit la défiance.
La France, partenaire traditionnel du Maroc, connaît des tensions inédites (affaire Pegasus, difficultés diplomatiques autour du Sahara, rôle de Bruno Retailleau). Le Maroc a clairement choisi de diversifier ses partenariats, reléguant Paris à un statut d’allié parmi d’autres. Les signaux sont clairs : le Maroc privilégie désormais la coopération militaire et technologique avec les États-Unis et Israël, notamment l’acquisition de satellites et la production de drones, au détriment des contrats français. La normalisation avec Israël est devenue un pilier de la politique étrangère marocaine, ancrée dans des intérêts stratégiques majeurs : la défense, le renseignement et la technologie. Ce rapprochement, symbolisé par l’ouverture de bureaux de liaison, confère à Tel-Aviv une influence croissante au sein de l’appareil sécuritaire et militaire marocain, bousculant l’ancienne hégémonie française. Le Maroc se retrouve pris entre ses impératifs stratégiques la consolidation de sa souveraineté sur le Sahara. C’est dans ce contexte géopolitique tendu que la rue marocaine exprime sa colère, une colère amplifiée par le mutisme royal : Face aux crises sociales, à la flambée des prix et à une fracture sociale entre les élites et le reste de la population, des manifestations menées notamment par des mouvements comme la GenZ 212 réclament des réformes profondes. Le peuple attendait un « geste royal, une sanction symbolique », mais le silence de Mohammed VI, souvent éloigné du palais, a été perçu comme une « démission morale ». Pour la première fois, ce mutisme creuse un fossé entre le monarque et ses sujets, le faisant apparaître comme le « protecteur d’un gouvernement honni ». La normalisation avec Israël est particulièrement impopulaire au Maroc, où le soutien à la cause palestinienne est viscéral. Le « silence assourdissant » du Roi face aux opérations militaires israéliennes, en contraste avec l’attitude ferme d’autres pays arabes, est interprété par les islamistes et une partie de la société civile comme une « complicité dénoncée » ou une soumission aux intérêts stratégiques d’Israël. Les actions de boycott visant les entreprises liées à l’État hébreu prennent de l’ampleur. Dans une monarchie absolue où le Roi est l’arbitre suprême et le véritable centre du pouvoir, l’absence prolongée de Mohammed VI au moment des crises nourrit les rumeurs sur sa santé et sur la fragmentation des clans au sein du palais. Ce vide de légitimité au sommet constitue un risque majeur de désagrégation sociale et d’escalade des affrontements avec la rue. En définitive, le Maroc se trouve à la croisée des chemins.
