Douze ans après la catastrophe du vol AH5017 d’Air Algérie (affrété auprès de Swiftair), qui a coûté la vie à 116 personnes au Mali, la justice examine les responsabilités pénales de la compagnie. Selon le journal « Le Point » ce dossier, qui remonte au 24 juillet 2014, connaît un tournant majeur puisque le procès de la compagnie espagnole Swiftair s’est ouvert ce lundi 9 mars 2026 devant le tribunal correctionnel de Paris. Le tribunal cherche à déterminer si des négligences organisationnelles ont conduit au drame. Les principaux reproches adressés à Swiftair sont : Une formation « lacunaire » et les juges d’instruction estiment que les pilotes (des saisonniers qui n’avaient pas volé pendant plusieurs mois avant le contrat) n’ont pas reçu l’entraînement nécessaire pour réagir à des situations critiques. Défaut de réaction face au décrochage : L’enquête a révélé que l’équipage n’a pas activé le système d’anti-givrage des moteurs malgré les conditions orageuses. Cela a provoqué une formation de cristaux de glace, faussant les capteurs de pression et entraînant une chute brutale de l’avion sans que les pilotes ne parviennent à reprendre le contrôle. L’accusation soutient que la compagnie a privilégié des économies sur la formation au détriment de la sécurité des vols. Ce procès intervient après de nombreuses années de batailles juridiques. Swiftair avait notamment tenté de faire annuler les poursuites en France en invoquant un non-lieu déjà obtenu en Espagne (principe du non bis in idem), mais la justice française a finalement validé la tenue de cette audience. Pour les familles des victimes (dont 54 étaient de nationalité française), ce procès est une étape cruciale pour obtenir une reconnaissance officielle des fautes de la compagnie et non simplement une erreur
A la recherche de la vérité
Ce procès devant le tribunal correctionnel de Paris ne vise pas seulement à juger un accident, mais à sanctionner un système de gestion de la sécurité jugé défaillant par l’accusation. selon certains observateurs, l’enjeu est de démontrer que le crash n’est pas uniquement dû à une faute des pilotes (qui n’ont pas activé l’anti-givrage), mais à une défaillance de la compagnie Swiftair. Les débats portent sur les conditions de travail des pilotes. Les deux navigants n’avaient pas volé pendant plusieurs mois avant leur contrat saisonnier et n’auraient pas bénéficié d’un stage de réadaptation adéquat, ce qui est au cœur de l’accusation d' »homicide involontaire ». selon un membre de victime, la défense de Swiftair tente d’annuler le procès en invoquant le principe du on ne peut être jugé deux fois pour les mêmes faits, car elle a déjà obtenu un non-lieu en Espagne. Le tribunal français doit donc confirmer sa compétence à juger l’affaire. Pour les familles des 54 Français, 23 Burkinabés, ainsi que des victimes algériennes, libanaises et canadiennes, ce procès est l’aboutissement de 12 ans de combat. Me Halidou Ouédraogo Président de l’association des parents de victimes exprime le souhait que justice soit rendue pour que l’Afrique ne soit plus perçue comme un « dépotoir » où l’on envoie des avions et des équipages mal préparés. Pour lui, il faut que ces « marchands de mort » soient punis. Selon notre source de nombreuses familles présentes à l’ouverture de l’audience soulignent qu’elles veulent enfin « cerner les responsabilités de chacun » et obtenir une vérité judiciaire après plus d’une décennie d’incertitudes et de reports. Certains témoignages évoquent des familles entières décimées sur trois générations, transformant ce procès technique en un moment de mémoire collective très fort. Ce procès devrait durer plusieurs semaines et marquer un précédent dans la responsabilité des compagnies charter vis-à-vis de la formation de leurs équipages.
