La diplomatie des symboles et des actes forts vient de redessiner les rapports de force en Méditerranée, plongeant la scène politique française dans un état d’agitation qui trahit une profonde fébrilité. La visite d’État officielle du président Abdelmadjid Tebboune en Allemagne, couronnée par des accords industriels majeurs, à l’instar du partenariat stratégique avec le géant Opel pour implanter une industrie automobile complète en Algérie, a agi comme un électrochoc à Paris.
Voir Alger s’allier de manière aussi spectaculaire avec la première puissance économique d’Europe, sous les honneurs d’un drapeau algérien flottant sur les façades des fleurons de l’ingénierie allemande, a brisé le vieux mythe d’un tête-à-tête exclusif franco-algérien. Face à cette Algérie décomplexée, souveraine et maîtresse de ses partenariats internationaux, la réponse de l’Élysée ne s’est pas fait attendre. Dans une réaction qui s’apparente à une fuite en avant, Emmanuel Macron a activé le levier de la diplomatie de substitution, dépêchant ses ministres de premier rang à Rabat pour offrir au Maroc des gages de soumission géopolitique, notamment sur le dossier du Sahara occidental. Un jeu de balancier malsain, dicté par le dépit, où la France tente de compenser sa perte d’influence à Alger par un alignement inconditionnel sur les positions du Makhzen. Dans ce grand retournement, le calcul de Paris s’avère pourtant être un marché de dupes économiques et moraux. En tournant le dos à l’Algérie, la France perd un partenaire incontournable, une puissance énergétique pivot et un marché colossal en pleine reconstruction industrielle, fort de projets d’infrastructures titanesques où les entreprises françaises se voient désormais systématiquement évincées au profit de concurrents allemands, italiens, espagnols ou asiatiques. Que gagne-t-elle en contrepartie auprès du Maroc ? Un protectorat économique de façade, un marché structurellement dépendant. Ce glissement opportuniste de la politique macronienne a parallèlement libéré les instincts les plus sombres de la droite et de l’extrême droite françaises. Prise d’une véritable crise de rage néocoloniale, cette classe politique moribonde utilise désormais l’Algérie comme un épouvantail électoral. Le simple fait que l’ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet, évoque une normalisation des flux de visas a suffi à déclencher un tollé hystérique des ténors républicains et nationalistes, révélant au grand jour une rancœur historique non digérée. Pour cette droite revancharde, l’indépendance réelle de l’Algérie reste un crime de lèse-majesté intolérable. Entre les manœuvres cyniques d’un exécutif français sans boussole et la haine viscérale d’une opposition aux abois, l’avenir des relations bilatérales s’assombrit inéluctablement. .
Le marché de la transition industrielle et automobile
L’Algérie est en pleine redéfinition de sa carte économique et refuse désormais le simple statut d’importateur de produits finis. La signature d’accords majeurs (comme celui avec l’Allemand Opel pour la création d’une usine complète de moteurs) démontre que les contrats d’envergure échappent désormais à la France. En se faisant devancer par l’Allemagne ou l’Italie, Paris perd des parts de marché colossales dans la sous-traitance, la construction et l’ingénierie lourde. Le secteur agricole français subit de plein fouet les tensions bilatérales. Les importations algériennes de produits agricoles français ont connu une baisse spectaculaire (avec des chutes record de plus de 60 % constatées sur certaines périodes récentes au profit de céréales russes ou d’autres alternatives). C’est un coup dur pour les coopératives et les céréaliers français, pour qui l’Algérie représentait historiquement un débouché vital. Bien que les contrats gaziers existants (notamment via TotalEnergies) soient maintenus par pragmatisme, la France perd sa position de partenaire privilégié dans l’avenir énergétique de la région. Pendant que Paris hésite, Rome a patiemment tissé sa toile : l’Italie est devenue le premier client et le hub du gaz algérien en Europe. En cas de crise énergétique prolongée en Europe, la France perd la garantie d’un accès prioritaire et négocié aux immenses ressources de GNL (Gaz Naturel Liquéfié) et aux futurs projets d’hydrogène vert algériens. Sur le plan du capital humain, la France bénéficie historiquement des compétences algériennes, notamment dans le secteur de la santé (les médecins diplômés en Algérie représentent la part la plus importante des praticiens nés hors UE exerçant en France). Une rupture ou un durcissement drastique des relations politiques et des visas, sous la pression de la droite française, risque de tarir ces flux de compétences hautement qualifiées dont le système public français a cruellement besoin. L’Algérie est une puissance pivot incontournable pour la stabilité du Sahel et la gestion des flux migratoires en Méditerranée occidentale. En actant une rupture froide, la France se coupe du seul acteur régional capable de dialoguer efficacement avec les transitions politiques africaines. Paris s’isole ainsi d’une diplomatie algérienne de plus en plus influente au sein de l’Union africaine. Ce sont là, les conséquence de ce jeux trouble de la France Macronienne.
