Par Kheireddine Boukhalfa–/—
L’Algérie ne figure pas parmi les principaux foyers africains de réseaux «Botnet» identifiés dans le dernier rapport d’évaluation des cybermenaces publié par INTERPOL. Un constat qui peut apparaître rassurant, mais qui doit être interprété avec prudence : l’absence du pays dans le classement détaillé ne signifie pas pour autant que le territoire algérien est épargné par les infections informatiques. En effet, les données analysées par l’organisation internationale mettent surtout en évidence une concentration particulièrement forte de l’activité détectée dans quelques pays africains. L’Angola arrive en tête avec 37,95 % des détections recensées, devant le Cameroun, qui représente 23,89 %. À eux deux, ces pays concentrent ainsi plus de 60 % des détections figurant dans la répartition présentée par le rapport. Suivent l’Afrique du Sud (9,12 %), le Kenya (7,78 %) et le Ghana (6,29 %). Derrière ce premier groupe, les proportions deviennent nettement plus faibles : la Zambie représente 1,81 %, le Nigeria 1,38 %, l’Éthiopie 1,36 %, le Botswana 1,34 %, la Côte d’Ivoire 1,01 % et le Burkina Faso 1 %. Les autres pays sont regroupés dans une catégorie représentant 7,08 %. L’Algérie n’apparaît donc pas parmi les pays auxquels le rapport attribue une part individuelle des détections de Botnet. Cette donnée doit toutefois être maniée avec précaution. Le classement ne fournit pas une photographie exhaustive de tous les appareils infectés en Afrique et ne permet pas de conclure à l’absence de réseaux malveillants en Algérie. Un Botnet désigne un ensemble d’appareils connectés — ordinateurs, smartphones, routeurs ou autres équipements — compromis par un logiciel malveillant et contrôlés à distance par des cybercriminels. Une fois infectées, ces machines peuvent être utilisées à l’insu de leurs propriétaires pour mener des attaques, voler des identifiants, diffuser des logiciels malveillants ou participer à des opérations de grande ampleur. Le phénomène prend une dimension particulière dans un continent où la transformation numérique progresse rapidement. INTERPOL souligne notamment l’essor de l’internet mobile, des services bancaires numériques, du commerce électronique et du cloud, qui élargissent mécaniquement la surface d’attaque disponible pour les cybercriminels. Le cas camerounais permet de mesurer l’ampleur du phénomène. Le pays figure parmi les territoires les plus touchés par les détections de Botnet dans les données exploitées pour l’étude. Plus largement, INTERPOL constate que les cybercriminels s’appuient sur des infrastructures de plus en plus distribuées pour compromettre des équipements et maintenir leurs activités. Plusieurs familles de Botnet sont ainsi observées sur le continent, notamment Mirai, Mozi, Prometei ou encore Phorpiex. Ces réseaux peuvent servir à différentes opérations, allant du vol de données à la diffusion de ransomwares, en passant par des attaques coordonnées contre des infrastructures numériques. La menace ne se limite donc plus à l’ordinateur d’un particulier. Une machine compromise au sein d’une entreprise, d’une banque, d’une administration ou d’un opérateur peut devenir un point d’entrée vers des systèmes beaucoup plus sensibles. Pour INTERPOL, l’enjeu est désormais autant économique que technologique. La montée de la cybercriminalité accompagne directement l’accélération de la numérisation africaine. Dans son évaluation, l’organisation constate que les escroqueries en ligne, les rançongiciels, les fraudes aux faux ordres de virement et la sextorsion numérique figurent parmi les menaces les plus fréquemment signalées sur le continent. L’intelligence artificielle contribue par ailleurs à faire évoluer les méthodes utilisées par les cybercriminels. Elle peut faciliter la préparation d’attaques, l’automatisation de certaines opérations ou encore la création de contenus destinés à tromper les victimes. Face à cette évolution, les capacités de réponse restent inégales. INTERPOL indique que 90 % des pays africains interrogés estiment nécessaire d’améliorer significativement leurs capacités en matière d’enquête, d’application de la loi ou de poursuites judiciaires. L’organisation souligne également les difficultés liées au manque de formation, de ressources et d’outils spécialisés. Dans ce contexte, le fait que l’Algérie ne figure pas parmi les principaux foyers de Botnet explicitement identifiés constitue un indicateur plutôt favorable.
