L’offensive du 20 août 1955/
Le tournant qui poussa Pierre Mendès France à revoir la carte coloniale

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Le 20 août 1955, Zighout Youcef donna un ordre qui fait aujourd’hui date dans l’histoire de la guerre de libération nationale. Dix mois après le 1er novembre 1954, qui signa le déclenchement de la révolution algérienne, les fondateurs de l’ALN décidèrent de frapper fort. Ils choisirent Skikda (l’ex-Philippeville). On connaît ce qui s’est passé, mais ce qu’on ne dit pas, c’est que l’ampleur de cette action poussa le chef du gouvernement français de l’époque à revoir la présence française au Maghreb. Ce chef du gouvernement de la Quatrième République s’appelait Pierre Mendès France, connu pour avoir mis fin à la guerre d’Indochine et à la présence française au Vietnam, et peu de temps après au Laos et au Cambodge. Juste après la fin de cette guerre, qui valut à la France sa pire humiliation sur le plan militaire après sa débâcle à Diên Biên Phu, une insurrection semblable à celle des Vietnamiens sous la conduite de Hô Chi Minh se déclencha en Algérie. Les Français ne s’y attendaient pas et crurent d’abord qu’il s’agissait d’escarmouches sans lendemain. Ils déchantèrent peu de temps après, car dans les Aurès, sous la conduite de Mostefa Ben Boulaïd, des actions guerrières bien ordonnées eurent lieu dans cette région montagneuse. Enfin, dix mois et quelques jours après le 1er novembre de l’année précédente, dans ce même Constantinois, ceux qu’on nommait « fellagas » provoquèrent une attaque de grande envergure, mais cette fois-ci, ils ciblèrent Skikda et ses environs immédiats, s’en prenant d’abord aux occupants des fermes coloniales et déferlant ensuite dans la ville même de Philippeville (Skikda). Selon les archives historiques, ils étaient des centaines, sans toutefois préciser le nombre exact. La peur venait de s’installer chez ceux qu’on appelait les Français d’Algérie. La répression fut féroce. Le gouvernorat d’Alger, alerté, dépêcha des troupes nombreuses pour réprimer la population musulmane, comme on désignait les Algériens à l’époque : d’abord par une furie d’exécutions de tout « Arabe » qui circulait en ville, puis par une répression de masse en arrêtant des centaines de ceux qu’on appelait indigènes pour les parquer dans l’enceinte du stade de la ville. Ensuite, comme le faisaient les fameux Einsatzgruppen SS durant la Seconde Guerre mondiale, les mitrailleuses crépitèrent de divers coins de ce stade et tuèrent tous ceux qui se trouvaient rassemblés sur le terrain. Ce fut un massacre semblable, à quelques nuances près, à celui connu dix ans plus tôt à Sétif, Guelma et Kherrata. Pendant ce temps, la guerre continuait dans divers endroits du territoire national, et particulièrement dans les Aurès sous la conduite de Benboulaïd. Paris comprit alors que cette insurrection c’était du sérieux et qu’il fallait réfléchir sérieusement pour en venir à bout. Celui qui dirigeait le gouvernement au lendemain de ces actions simultanées de 1955, c’était Pierre Mendès France, celui qui avait mis fin à la guerre d’Indochine. Ce socialiste de la SFIO, après avoir mûrement réfléchi et consulté tous les partis de la Chambre des députés (l’actuelle Assemblée nationale), proposa son plan. Pour cet homme dont on connaissait la finesse politique, il fallait mettre fin aux protectorats du Maroc et de la Tunisie, car ce qui venait de se produire en Algérie se produirait inévitablement dans ces deux pays où les mouvements politiques indépendantistes réclamaient depuis longtemps la fin de la présence française. Pour PMF, l’Algérie était française et devait le rester, or si on ne libérait pas ses deux voisins de l’ouest et de l’est, il y aurait une guerre sur trois fronts. Pour Mendès France, la solution proposée était sans appel : l’insurrection algérienne finira par se propager dans tout le Maghreb et alors la France attirera les foudres caudines de l’ONU. Le plan de ce chef de gouvernement fut alors agréé par la majorité des députés. Il ne restait qu’à l’appliquer. On attendit toutefois une année pour sa réalisation, pour tester si l’insurrection algérienne cesserait ou continuerait de plus belle. Au mois de mars 1956, on mit fin au protectorat français au Maroc d’abord, puis en Tunisie quelques jours après. On se concentra alors sur l’Algérie pour la garder dans le giron de la France. Sept années après, la France quittait définitivement l’Algérie. Ce 20 août 1955 restera gravé dans les mémoires.

 

 

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