Normalisation avec Israël:
L’opposante Nabila Mounib accuse les « sionistes » de vouloir morceler le Maroc en six entités

0
7

Le paysage politique marocain se trouve une nouvelle fois secoué par les ondes de choc de la normalisation diplomatique avec Israël, ravivant des lignes de fracture profondes au sein de la société. Dans un long entretien accordé au média Hespress le 15 septembre et largement relayé à travers une séquence vidéo publiée deux jours plus tard, Nabila Mounib, députée et ancienne secrétaire générale du Parti socialiste unifié (PSU), a livré une charge d’une rare virulence. Connue pour son hostilité farouche envers le rapprochement entre Rabat et l’État hébreu amorcé en décembre 2020, l’opposante n’a pas mâché ses mots. S’exprimant en arabe dialectal elle a asséné qu’« aucun bien ne nous viendra des criminels sionistes », avant d’aller plus loin en affirmant l’existence d’un prétendu dessein visant à morceler le royaume en six entités distinctes, tout en brandissant l’idée d’une défense de la patrie allant jusqu’à la lutte armée. Pourtant, à l’épreuve des faits, cette accusation spectaculaire ne repose sur aucun élément tangible. Aucun document officiel, aucune carte géopolitique ni aucune source émanant des autorités israéliennes ne vient étayer l’existence d’un tel plan de démembrement, et l’élue du PSU s’est bien gardée de nommer ou de décrire précisément ces fameuses entités. En droit international, une telle tentative de porter atteinte à l’intégrité territoriale d’un État violerait frontalement la Charte des Nations unies, mais les déclarations de Mme Mounib relèvent ici de la rhétorique politique incantatoire plus que de la révélation documentée. Ce discours de la menace extérieure n’est d’ailleurs pas une nouveauté sous sa plume : déjà en mars 2022, elle agitait le spectre d’un complot ourdi par des «puissances impérialistes» visant à diviser le pays en cinq régions, s’appuyant alors sur une étude confidentielle du Centre Bensaïd Aït Idder. Quatre ans plus tard, le chiffre a évolué pour atteindre six, témoignant d’une constance dans sa grille de lecture souverainiste. Au-delà de cette balkanisation redoutée, l’opposante a également profité de cette tribune médiatique pour pourfendre d’autres aspects de la coopération bilatérale, s’élevant notamment contre une initiative supposée faciliter l’octroi de la nationalité marocaine à des ressortissants israéliens, en particulier d’anciens militaires ayant pris part aux conflits contre les Palestiniens, qu’elle juge disqualifiés d’office. Cette sortie médiatique explosive intervient dans un timing hautement délicat, puisqu’elle coïncide presque jour pour jour avec l’annonce officielle, le 16 septembre, de la volonté du Maroc et d’Israël d’ériger leurs bureaux de liaison respectifs au rang d’ambassades à part entière. Si cette accélération diplomatique illustre la solidité du partenariat stratégique entre les deux nations, elle met également en lumière la persistance d’une frange importante de l’opinion publique marocaine, dont la voix radicale de Nabila Mounib se fait l’écho, qui continue de contester avec la dernière énergie un choix géopolitique perçu comme une menace existentielle pour l’unité et les constantes du pays.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici