Médias, extrême droite et obsession algérienne:
La fabrique de la haine à heure de grande écoute

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Alors que la rigueur journalistique exige la vérification minutieuse des faits, le recoupement des sources et le respect de la déontologie, certains plateaux de télévision ont manifestement renoncé aux principes fondamentaux de l’information. En cédant à la surenchère idéologique, ils transforment le débat public en un réquisitoire permanent. Le 17 octobre dernier, une date pourtant marquée par la mémoire tragique du massacre de manifestants algériens à Paris en 1961, un palier supplémentaire a été franchi dans la diffusion de récits non vérifiés par  CNEWS cette chaine anti algériens de Bolloré, destinés à attiser les tensions communautaires et la xénophobie. En invitant sur son plateau un intervenant présenté sous les traits d’un «simple citoyen» ou d’un «habitant du quartier» à Lyon, le public s’attend légitimement à recueillir un témoignage spontané et authentique, ce dernier affirmait avoir entendu un casseur algérien dire « vous avez pillé notre pays par le passé on pille le votre aujourd’hui ». Or, lorsque l’identité réelle de la personne interrogée, en l’occurrence un militant politique du rassemblement National, aux antécédents d’accusations infondées ou démenties par les faits, est sciemment occultée, le journalisme s’efface devant la mise en scène propagandiste. Présenter sans contradiction ni vérification préalable des propos chocs attribués à des catégories entières de la population ne relève pas de la liberté d’expression ou du débat d’idées. Il s’agit d’une mécanique rodée qui instrumentalise la peur, valide les amalgames et alimente un climat de suspicion généralisée.

L’Algérie comme bouc émissaire et obsession électorale

Cette séquence s’inscrit dans un cadre idéologique bien plus large, où l’Algérie et la communauté algérienne ou d’origine algérienne sont devenues la cible privilégie de la droite et de l’extrême droite. De Éric Zemmour promettant des expulsions massives à Marine Le Pen ciblant les libertés individuelles et vestimentaires, en passant par Jordan Bardella évoquant une rhétorique outrancière de « colonisation à l’envers », le constat est le même : l’Algérie sert de réceptacle à toutes les obsessions identitaires. Les visées politiques derrière cette fixation sont multiples. Une partie de la droite dure et de l’extrême droite n’a jamais digéré la fin de l’Algérie française. En attaquant continuellement l’Algérie et ses ressortissants, ces courants flattent un électorat nostalgique et tentent de réhabiliter une vision romancée du passé colonial tout en rejetant la mémoire des crimes commis. Pour masquer la complexité des crises socio-économiques, sécuritaires ou institutionnelles, il est plus simple de désigner un coupable extérieur. Désigner l’Algérien ou le Maghrébin comme la source de tous les maux permet de structurer un discours électoraliste fondé sur le rejet et le repli. La remise en cause récurrente des accords franco-algériens de 1968 par ces formations politiques illustre la volonté de durcir sans cesse l’arsenal législatif anti-immigration, en faisant du citoyen algérien la figure centrale du «problème» à éradiquer. À l’image de certains élus usant d’un vocabulaire méprisant et stigmatisant pour qualifier des pans entiers de la population, ces discours visent à déshumaniser l’autre pour mieux légitimer des politiques d’exclusion. À une époque où la cohésion sociale est plus que jamais fragilisée, la responsabilité des médias de grande écoute est immense. Offrir une tribune à des récits fabulés ou orientés sans vérification factuelle ne constitue pas une simple négligence professionnelle : c’est une participation active à la propagation du racisme et à la légitimation des préjugés xénophobes. Face à la dérive d’une information spectacle au service d’agendas politiques radicaux, il convient de rappeler avec force que le rôle d’un paysage médiatique exigeant n’est pas de flatter les haines ni de fabriquer des figures de haine, mais d’éclairer les citoyens avec rigueur, honnêteté et discernement.

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