Quand le patrimoine algérien est dérobé: Chanel accusée de « Vol Culturel » du Costume Naïli et du Karakou Algérien

0
144

La maison de haute couture française Chanel fait face à une vague d’indignation en Algérie après avoir présenté, lors de son défilé printemps-été 2025 à Paris, des pièces fortement inspirées du costume traditionnel naïli et du karakou algérien. Cette situation soulève des questions délicates sur la frontière entre l’inspiration artistique et l’appropriation culturelle, mais aussi sur le respect des droits culturels des nations.

Trois robes de la collection de Chanel ont suscité la controverse, présentant des caractéristiques emblématiques du costume naïli : la fameuse « mahzama » ornée de pièces d’or (« mahzamat el louiz »), la coupe des manches particulière et les plissés distinctifs connus sous le nom de « testifa ». L’absence totale de mention de l’origine algérienne de ces motifs traditionnels a été perçue comme une forme de « vol » culturel, transformant un héritage ancestral en un simple accessoire de mode décontextualisé. Cette indignation a rapidement gagné les réseaux sociaux, où des internautes algériens ont lancé le hashtag #LeCostume Naïli Est Algérien, exigeant de Chanel une reconnaissance explicite des sources culturelles de ses créations. Il est important de rappeler que le costume naïli est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO depuis 2021, soulignant sa valeur universelle et la nécessité de sa préservation.

Le Karakou : Un Autre Symbolisme Détourné

Chanel n’en est pas resté là. L’une de ses tenues, présentée comme inspirée de la « culture marocaine », reprend des éléments clairs du karakou algérois, reconnaissable à sa veste richement brodée et son pantalon traditionnel « seroual mdouer ». Cette erreur manifeste d’attribution culturelle a été perçue comme une double offense : une négation de l’identité algérienne et une manipulation de l’histoire vestimentaire de la région. Au-delà de la simple controverse, cet épisode pose la question fondamentale du droit des peuples à la reconnaissance et à la protection de leur patrimoine culturel. Le droit culturel, tel que défini par l’UNESCO et les instruments juridiques internationaux, inclut la protection contre l’appropriation indue des expressions culturelles. L’éthique de la création artistique devrait inclure une dimension de respect et de transparence vis-à-vis des sources d’inspiration. L’appropriation culturelle, lorsqu’elle se fait sans reconnaissance ni réciprocité, peut être perçue comme une forme de néo-colonialisme symbolique. Elle transforme des symboles chargés d’histoire et de sens en produits commerciaux décontextualisés, privant ainsi les communautés d’origine de la reconnaissance et des bénéfices éventuels.Face à la levée de boucliers, Chanel a réagi en limitant les commentaires sur ses plateformes sociales, une démarche qui n’a fait qu’amplifier la frustration des internautes. Plutôt que de se murer dans le silence, il serait souhaitable que la maison de couture engage un dialogue ouvert avec les représentants culturels algériens et prenne des mesures concrètes pour rectifier l’omission. Cet incident devrait servir de catalyseur pour repenser la façon dont les industries créatives s’approprient les cultures du monde. Il ne s’agit pas de freiner la créativité, mais de promouvoir une éthique de l’inspiration respectueuse, où chaque emprunt culturel est accompagné d’une reconnaissance et d’un hommage sincère aux sources. En définitive, le patrimoine n’est pas un simple réservoir d’idées à puiser, mais un bien commun de l’humanité, méritant respect, protection et valorisation à travers des pratiques éthiques et responsables.

Par Mohamed Tahar Aissani

 

 

 

 

 

 

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici