Maroc : Quand la normalisation se mue en infiltration:
 L’ombre d’un protectorat israélien ?

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This image grab from handout video footage picture released by the Israeli Defence Ministry shows Israeli Defence Minister Benny Gantz signing a defence memorandum with Abdellatif Loudiyi, Morocco's Minister Delegate in charge of National Defence Administration, in the capital Rabat on November 24, 2021. - Israel and Morocco signed a security agreement on November 24, making it easier for Rabat to acquire high-tech exports from Israel's defence industry, as the countries expand ties following their normalisation deal last year. (Photo by Israel Defence Ministry Spokesperson / AFP) / RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY CREDIT "AFP PHOTO / ISRAEL DEFENCE MINISTRY" - NO MARKETING - NO ADVERTISING CAMPAIGNS - DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS

Par Mohamed Tahar Aissani—/—Ce n’est plus un simple tournant diplomatique. Ce que vit aujourd’hui le Maroc n’a plus rien d’un rapprochement politique classique. C’est une mue inquiétante, une lente métamorphose de la souveraineté nationale, rongée par une normalisation qui s’est muée, aux yeux de nombreux Marocains, en occupation insidieuse.

Depuis 2020, date de la reprise officielle des relations entre Rabat et Tel-Aviv, le tempo s’est accéléré à une cadence vertigineuse, au point qu’un vent de révolte intellectuelle, politique et populaire se lève dans le royaume. Le vernis du “pacte d’Abraham” a rapidement craqué. Loin d’un accord de paix abstrait ou d’une coopération économique passagère, ce sont les fondations mêmes de l’État marocain qui semblent désormais affectées. Plus de vingt accords bilatéraux, couvrant les domaines sécuritaire, militaire, agricole, technologique, éducatif, ont été signés à un rythme frénétique. Derrière le jargon technique des “mémorandums d’entente” et autres “protocoles de coopération”, des voix marocaines alertent sur une réalité plus brutale : celle d’un démembrement progressif du pouvoir décisionnel national, au profit d’agendas étrangers. Dans un article relayé par l’Agence de presse algérienne, Saïd Moulay El Taj, membre éminent de la Commission marocaine de soutien aux causes de la Ummah, est catégorique : « Le mot ‘normalisation’ est devenu obsolète. Il ne traduit plus la réalité du terrain. Ce que nous vivons, c’est une dépossession organisée de notre souveraineté nationale. » Il évoque un “coup de force économique, culturel, et sécuritaire” qui ne dit pas son nom. Pour lui, les élites marocaines au pouvoir ont troqué leur indépendance contre des prêts, des alliances militaires opaques, et un soutien géopolitique conditionné. La parlementaire et figure de la gauche indépendante, Nabila Mounib, renchérit. Dans une récente interview, elle dénonce une « perte tragique de souveraineté due à l’endettement chronique et à la soumission aux institutions financières influencées par les réseaux sionistes ». Pire, selon elle, certaines terres agricoles et foncières auraient déjà été “subrepticement transférées” à des entités liées à des intérêts israéliens. Elle évoque une “vague silencieuse d’accaparement”, dissimulée derrière des achats immobiliers apparemment anodins dans des zones stratégiques telles que Rabat, Casablanca, Agadir, ou encore Tafilalet. Le mouvement “Attac Maroc”, lors de sa 19ᵉ conférence annuelle, a quant à lui appelé à une mobilisation d’envergure. Le groupe insiste sur l’indispensable jonction entre la lutte contre la normalisation et la défense active de la cause palestinienne. Pour les militants d’Attac, il ne s’agit plus simplement de boycotter les produits israéliens, mais de s’opposer à *« l’importation d’un modèle colonial, via les écoles, les universités, les ports et les casernes ». Ils dénoncent également le transit d’équipements militaires destinés à Tsahal via les ports marocains de Tanger et Casablanca — une ligne rouge selon eux, franchie dans le silence complice des autorités. Le danger ne se limite pas aux institutions. C’est le tissu même de la société marocaine qui vacille. À travers les réseaux de coopération universitaire, les réformes éducatives inspirées de standards étrangers, et la montée d’un discours sécuritaire justifiant toutes les alliances, c’est une nouvelle génération que l’on expose à une “réécriture” de l’histoire nationale. Une histoire pourtant profondément enracinée dans le soutien inconditionnel à la cause palestinienne, de Larache à Laâyoune. Face à cette dérive, la résistance s’organise, mais elle reste dispersée. Moulay El Taj appelle à *« une dynamique intergénérationnelle, une lutte de longue haleine, fondée sur la mémoire, la lucidité politique et le refus catégorique de toute domination étrangère, quelle qu’elle soit ». Dans les rues, sur les réseaux sociaux, dans les cercles militants, une contre-offensive s’esquisse. Mais elle bute encore sur un mur de répression, de censure, et de fragmentation interne. Le Maroc, vieux royaume aux racines profondément arabo-musulmanes, peut-il redevenir maître de ses choix dans un monde où les cartes géopolitiques sont redessinées au profit des puissances hégémoniques ? Peut-il résister à la tentation de l’assujettissement, sous couvert de “modernisation” ou de “partenariats stratégiques” ? La question ne concerne pas que les Marocains, elle interpelle tout le Maghreb, toute l’Afrique, et même l’ensemble des peuples libres. En 2020, la reprise des relations entre Rabat et Tel-Aviv s’était vendue comme une ouverture sur l’avenir. En 2025, elle se lit de plus en plus comme une reddition maquillée. Le peuple marocain, lucide et fier, semble bien décidé à ne pas laisser faire. À lui, désormais, de reprendre la plume de l’histoire.

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