France-Sansal, George Ibrahim Abdallah:
Les droits de l’homme face à une  justice instrumentalisée

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La question de la détention de Georges Ibrahim Abdallah ce militant libanais incarcéré en France, comparée à la demande de libération de Boualem Sansal emprisonné en Algérie, soulève des interrogations complexes sur les principes de justice, de souveraineté et de diplomatie, ainsi que sur les accusations de « deux poids deux mesures ».

Georges Ibrahim Abdallah est un militant libanais pro palestinien, condamné en France en 1987 à la réclusion à perpétuité pour une présumée complicité dans l’assassinat de deux diplomates (américain et israélien). Il est libérable depuis 1999. Cependant, malgré plusieurs décisions judiciaires favorables à sa libération conditionnelle, l’exécutif français a systématiquement refusé de signer l’arrêté d’expulsion qui lui permettrait de retourner au Liban. Malade et affaibli, il est aujourd’hui l’un des plus anciens prisonniers politiques en Europe. Officiellement, l’État français ne justifie pas cette obstination. Mais s’acharne sur la libération du renégat Boualem Sansal usant de tous les superlatifs et autres pressions vaines sur l’Etat algérien jouant parfois sur les sentiments.   Pour ses avocats et soutiens, sa détention est devenue un symbole d’une justice instrumentalisée par des considérations politiques et une « raison d’État », qui prime sur le droit. Des voix, y compris de personnalités comme Annie Ernaux, Prix Nobel de littérature, dénoncent cette situation comme une honte pour la France. Boualem Sansal, algérien et français depuis six mois , a été emprisonné en Algérie le 16 novembre 2024 et a été condamné en appel le 1er juillet 2025 à cinq ans de prison ferme pour « atteinte à l’intégrité nationale » et « atteinte à l’unité nationale ». Les accusations portent notamment sur des propos jugés critiques à l’égard du pouvoir algérien, notamment sur des questions liées à la souveraineté territoriale. L’affaire Sansal a provoqué une vive émotion en France et a exacerbé les tensions diplomatiques entre Paris et Alger. La France, par la voix de son Premier ministre et d’autres personnalités politiques, de droite et d’extrème droite a exprimé sa « grande inquiétude » concernant la santé de Boualem Sansal qui serait atteint d’un cancer  sans se soucier de l’état de santé de George Ibrahim Abdallah qui croupit dans les prisons française depuis 38 ans alors qu’il était libérable depuis 1999, a sans scrupule et sans honte bu dénoncé une décision  souveraine  qu’il a qualifié d’ »injustifiée », appelant à sa libération, potentiellement via une grâce présidentielle algérienne. Un large élan de soutien s’est manifesté en France et en Europe, dénonçant ce qui est perçu comme une atteinte à la liberté d’expression sans que cet élan ne l’a jamais été pour George Ibrahim Abdallah.. »

Une solidarité à géométrie variable

La comparaison entre ces deux situations met en lumière un paradoxe perçu par de nombreux observateurs. D’un côté, la France maintient en détention un homme dont la libération est juridiquement envisageable mais politiquement bloquée, en partie sous l’influence d’acteurs étrangers. De l’autre, la France insiste sur la libération d’un de ses citoyens à peine naturalisé français,  emprisonné dans un autre pays pour des motifs liés à la liberté d’expression, fustigeant une justice qu’elle considère arbitraire. Quel culôt ! Ce contraste soulève des questions sur la « solidarité à géométrie variable » et les « relents néocolonialistes » que certains attribuent à la France. Il est reproché à la France de ne pas appliquer à elle-même les principes de droit et de liberté d’expression qu’elle défend pour ses citoyens à l’étranger, surtout lorsque des intérêts géopolitiques ou des pressions externes entrent en jeu. En substance, les critiques portent sur le fait que la France semble prioriser ses préoccupations et ses alliances diplomatiques dans le cas d’Abdallah, tandis qu’elle invoque les principes universels des droits de l’homme et de la liberté d’expression dans le cas de Sansal. Cette situation complexe met en évidence la difficulté pour les États de maintenir une cohérence absolue dans leur politique étrangère et judiciaire, souvent contrainte par des impératifs nationaux et des dynamiques internationales. Le cas de Georges Ibrahim Abdallah met la France face à un dilemme complexe, où les impératifs de la souveraineté nationale et les pressions diplomatiques semblent parfois prévaloir sur les principes du droit international et les décisions de sa propre justice. La persistance de sa détention, bien au-delà de sa période de libérabilité légale, soulève de sérieuses questions quant à la cohérence de la France vis-à-vis de ses engagements internationaux.  C’est à ce stade que la situation se complique et que la dimension politique prend le pas sur le strict cadre juridique. Pour que la libération conditionnelle de Georges Abdallah puisse être effective, une mesure administrative, à savoir un arrêté d’expulsion signé par le ministère de l’Intérieur, est nécessaire. Or, cet arrêté a été systématiquement refusé par les gouvernements français successifs et confirmé par Retaillau, celui là même qui a fait de Boualem Sansal son cheval de bataille à des fins électoralistes. Cette obstination de l’exécutif français est largement perçue comme le résultat de pressions diplomatiques intenses, principalement exercées par les États-Unis et, dans une moindre mesure, par Israël. Ces pays ont toujours exprimé leur ferme opposition à toute libération de Georges Abdallah, le considérant comme un terroriste et un symbole de la lutte armée contre leurs intérêts. Des révélations, notamment via des câbles diplomatiques, ont mis en lumière des interventions directes de hauts responsables américains auprès de leurs homologues français pour empêcher cette libération une ingérence directe dans les affaires internes de la France.

Atteinte aux principes du droit international ?

La position de la France est critiquée pour plusieurs raisons au regard du droit international et des principes fondamentaux : Les décisions judiciaires sont rendues par des tribunaux indépendants. Le refus persistant de l’exécutif de mettre en œuvre ces décisions, sans justification légale claire autre qu’une « raison d’État » non explicitée, est perçu comme une ingérence politique dans le processus judiciaire. Cela soulève des questions sur le respect de la séparation des pouvoirs, un pilier de l’État de droit. Puisque Georges Abdallah a purgé sa peine minimale et que des décisions de justice ont statué en faveur de sa libération, son maintien en détention peut être qualifié d’arbitraire par ses soutiens et certaines organisations de défense des droits humains.  Bien que la France soit signataire de nombreuses conventions internationales sur les droits de l’homme, y compris celles qui protègent contre la détention arbitraire et garantissent le droit à un procès équitable, le cas Abdallah est souvent cité comme un exemple où ces engagements sont mis à mal par des considérations politiques.  Le cas de Georges Ibrahim Abdallah est un dossier emblématique qui illustre les tensions entre la justice, la politique et le droit international. Pour ses soutiens, il représente un scandale d’État qui ternit la crédibilité de la France en tant que défenseur des droits de l’homme et de l’État de droit sur la scène internationale. La France se trouve dans une position délicate, où elle doit concilier ses principes juridiques internes, ses engagements internationaux et les réalités de la géopolitique. Quant à Boualem Sansal il est là en prison et dont le sort ne regarde que la justice algérienne.

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