Macron, le dernier masque du néocolonialisme français face à l’Algérie

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Par Mohamed Tahar Aissani—/—Il suffit parfois d’une phrase lâchée à la télévision pour faire trembler les faux-semblants diplomatiques. Laurent Michelon, dans un franc-parler rare, a accusé Emmanuel Macron d’avoir ourdi, aux côtés de Narenda Modi, le sabotage de l’entrée de l’Algérie dans les BRICS.

Une hypothèse non encore démontrée, mais qui résonne avec une vérité criante : la France, sous Macron comme sous ses prédécesseurs, n’a jamais cessé de maintenir une tutelle rampante sur son ancienne colonie. Qu’il s’agisse du contrat faramineux des Rafale avec l’Inde, du chantage aux visas, de la partialité affichée envers le Maroc ou de l’emprise économique de TotalEnergies, les leviers de domination s’additionnent et composent une fresque où l’histoire coloniale n’est jamais vraiment close. L’affaire des visas, symptôme parmi d’autres, en dit long sur la brutalité de cette relation. Paris, d’un trait de plume, a déchiré un accord de 2013, en soumettant les diplomates algériens à des procédures kafkaïennes et en transformant le parcours de milliers d’étudiants et de familles en chemin de croix. À cela s’ajoutent des délais interminables, des refus arbitraires et la menace d’utiliser même les indemnisations des victimes des essais nucléaires comme monnaie d’échange. Ce n’est plus de la diplomatie: c’est une relégation, une mise sous tutelle qui renvoie à l’époque où l’Algérie n’était qu’un appendice colonial. Le choix de Macron d’embrasser la position marocaine sur le Sahara occidental achève de dissiper l’illusion de neutralité française. Ce soutien, vécu à Alger comme un affront, s’inscrit dans une stratégie vieille comme l’Empire: diviser pour régner, opposer les voisins pour mieux s’assurer de leur dépendance. Dans ce jeu cynique, Rabat se voit conforté, tandis que l’Algérie, bastion du soutien aux Sahraouis, est contrainte à réagir. À ce tableau s’ajoute la mainmise économique, où TotalEnergies règne comme un proconsul moderne. Derrière les accords et les sourires de façade, les flux financiers rappellent une triste évidence : la richesse algérienne profite davantage à Paris. La chute de 30 % des échanges en 2025 ne change rien à cette asymétrie. Et que dire de la mémoire coloniale? Macron a beau multiplier les gestes symboliques – déclarations fracassantes, restitution de quelques crânes de résistants – la plaie demeure béante. Les excuses se font attendre, les réparations sont absentes, les archives verrouillées. L’histoire est traitée comme un fardeau à gérer par petites doses, jamais comme une dette morale à solder. Le rapport Stora, censé ouvrir des voies de réconciliation, n’a fait que renforcer le sentiment d’une France sourde à la profondeur du traumatisme algérien. L’accusation de Michelon, si elle reste à prouver, est avant tout révélatrice d’un climat. Elle met en lumière une continuité qui dépasse Macron, une logique d’État où l’Algérie reste un terrain de manœuvres et d’intérêts à contrôler. De Mitterrand à aujourd’hui, la France n’a jamais renoncé à ce réflexe impérial, masqué sous les oripeaux de la coopération. Mais les temps changent. L’Algérie regarde désormais vers la Chine, la Russie, et vers des alliances qui brisent le monopole occidental. Le désir d’entrer aux BRICS n’était pas un caprice, mais un choix stratégique d’émancipation. Si Paris a effectivement œuvré à bloquer cette ambition, alors le masque est tombé : la République française, en 2025, agit encore comme la vieille puissance coloniale qu’elle fut. Il est temps que la France rompe avec cet héritage indigne. Non pas par des discours creux, mais par des gestes concrets: des excuses franches, des réparations substantielles, une reconnaissance pleine et entière de la souveraineté algérienne. Tant que ce travail ne sera pas accompli, Macron et ceux qui lui succéderont ne seront que les avatars successifs d’une domination qui refuse de mourir.

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