La situation sécuritaire au Mali s’est aggravée à un point critique, suscitant l’inquiétude de la communauté internationale et même l’hypothèse, jugée impensable il y a peu, d’une prise de pouvoir par des groupes terroristes. L’élément déclencheur de cette spirale est la décision unilatérale de la junte de révoquer l’accord de paix d’Alger début 2025.
Cette rupture a relancé la guerre contre les rebelles du Nord en octobre 2024, permettant au JNIM (Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans, affilié à Al Qaida) d’intensifier ses actions et d’en tirer un avantage stratégique majeur. Les groupes djihadistes imposent désormais un blocus sans précédent à Bamako et aux principales villes, coupant l’approvisionnement en carburant et produits essentiels acheminés depuis le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Face à la pénurie, la junte a dû fermer les écoles (le 26 octobre) et demander aux citoyens de réduire leurs déplacements. Les forces armées maliennes (FAMA) et les mercenaires russes d’Africa Corps (ex-Wagner) n’arrivent pas à contenir les attaques ni à rétablir les voies d’approvisionnement. La gravité de la situation, avec des combats aux portes de Bamako, a poussé la France, le 7 novembre, à recommander à ses ressortissants de quitter temporairement le Mali dès que possible, rejoignant les États-Unis et la Russie qui avaient fait des recommandations similaires fin octobre. L’Union africaine (UA) a également exprimé sa « profonde préoccupation » face à la crise humanitaire et appelle à une « réponse internationale forte » et coordonnée. Cette déroute est largement imputée aux errements de la junte militaire issue des coups d’État de 2020 et 2021, qui a choisi de faire partir la force française Barkhane et la MINUSMA, pour s’appuyer sur Africa Corps. L’Algérie avait mis en garde contre le retour de la guerre civile suite à la rupture de l’accord. Aujourd’hui, le risque est celui d’un « effet domino » sur l’Alliance des États du Sahel (AES), composée du Mali, du Niger, et du Burkina Faso. Le scénario d’un groupe terroriste au pouvoir, comme ce fut le cas en Syrie avec l’ascension d’Ahmed Al Charaa (fondateur de Djabhat Al Nosra) au statut de président, n’est plus exclu et représenterait une catastrophe régionale majeure.
