La visite du souverain pontife en Algérie revêt pour notre pays une dimension multiple. Spirituelle d’abord, politique ensuite. Au moment où les conflits s’enchaînent et se multiplient à travers le globe, l’Algérie offre une image de sérénité devenue rare en ce premier quart du XXIe siècle. L’autre fait majeur à retenir est le choix hautement symbolique du chef de l’Église catholique de commencer son périple africain par la terre qui a vu naître et mourir Saint Augustin. Entre la politique et la spiritualité, la frontière est souvent ténue. En effet, comment ne pas déceler chez le souverain pontife une volonté manifeste de tisser des liens fraternels entre les deux grandes religions monothéistes que sont le Christianisme et l’Islam? Si ses prédécesseurs avaient réservé leurs premiers déplacements au Proche-Orient (Turquie, Liban), pays abritant de fortes communautés chrétiennes, le choix de l’Algérie fait figure d’exception. Dans un pays musulman à la quasi-totalité, il peut paraître singulier que le chef de l’Église romaine se déplace là où il ne rencontrera pas les foules de fidèles habituelles, ni ne dirigera de messes géantes. L’itinéraire algérien de Léon XIV se distingue radicalement de ceux de ses prédécesseurs. Pourquoi ce choix ? La réponse est double. La première est évidente : il s’agit d’un pèlerinage. Pour Léon XIV, qui connaît intimement l’Est algérien, revenir sur les lieux de celui dont le nom définit l’ordre auquel il appartient (les Augustins) est une véritable consécration. Pour l’homme de foi, l’ancien cardinal devenu Pape, ce voyage sur cette terre sacrée est un impératif aussi intime qu’institutionnel. La seconde réponse est éminemment politique. Par ce voyage, le souverain pontife brise un tabou tenace : celui d’une Algérie qui serait une terre d’intolérance ou d’extrémisme. Cette image néfaste et mensongère, entretenue par des cercles hostiles établis en France, ce Pape entend l’effacer définitivement de la conscience chrétienne. En se rendant à Annaba et Alger, il adresse un signal puissant aux catholiques de France et du monde : le message du Christ est incompatible avec les calomnies qui piétinent le protocole de la foi. Le souverain pontife affirme ainsi que son voyage est, au contraire, la meilleure opportunité qui soit : celle de réconcilier deux communautés de foi, réunies par l’héritage de ce saint homme né sur cette terre, et dont l’ombre tutélaire plane toujours sur la cité d’Hippone, sacralisée à travers les âges.
