Révélations d’un câble diplomatique américain L’armée marocaine minée par la fragilité structurelle et la corruption

0
38

Un câble diplomatique américain classé confidentiel, daté d’août 2008 et révélé par le site WikiLeaks, dresse un tableau préoccupant de l’état des forces armées marocaines. Ce rapport, signé par l’ancien ambassadeur des États-Unis à Rabat, Thomas Riley, qualifie la situation de l’armée marocaine de « déplorable », pointant du doigt un déficit criant de formation et un manque alarmant d’efficacité opérationnelle.

Selon le document classé sous le numéro 164775, les répercussions des tentatives de coup d’État des années 1970 pèsent encore lourd sur l’institution militaire. La monarchie, échaudée par ces épisodes, aurait instauré un contrôle strict sur l’armée, restreignant son autonomie stratégique. L’organisation de manœuvres militaires, les déplacements des troupes ainsi que les communications avec les homologues étrangers seraient soumis à une surveillance étroite, particulièrement autour des zones royales sensibles. Les auteurs du rapport dénoncent également un système hiérarchique déséquilibré, marqué par de profondes disparités salariales entre les officiers supérieurs, les sous-officiers et les simples soldats. Ce fossé alimente un sentiment de marginalisation au sein des rangs, renforçant la vulnérabilité de l’institution face à l’influence de courants extrémistes religieux. Le rapport décrit une armée dépourvue de leadership réel, sa gestion étant confiée à une administration civile symbolique rattachée au chef du gouvernement. Ce schéma organisationnel, jugé inefficace, empêcherait toute réforme structurelle ou modernisation en profondeur des capacités militaires marocaines.

Corruption enracinée dans la haute hiérarchie

L’une des révélations les plus troublantes du document concerne la généralisation des pratiques de corruption, notamment parmi les hauts gradés. Le général Abdelaziz Bennani, ex-inspecteur général des FAR, y est mentionné comme figure emblématique de cette dérive : enrichissement suspect via commissions occultes sur des marchés d’armement, investissements civils opaques et mainmise sur le secteur de la pêche dans le sud du pays. Il aurait également acquis plusieurs résidences luxueuses, symbole d’une impunité profondément ancrée. Le rapport met aussi en lumière les dérives dans les écoles de formation militaire, où des pratiques de favoritisme permettraient à certains jeunes officiers d’accéder à des postes dans les provinces du Sud, réputées lucratives. À la suite des attentats de Casablanca en 2003, les autorités marocaines auraient durci les mesures de surveillance au sein des casernes : fermeture des mosquées militaires, et placement sous étroite surveillance des éléments soupçonnés de sympathies islamistes, sous l’œil vigilant du très secret « bureau cinq », chargé du contre-espionnage militaire. Ces révélations relancent le débat sur la transparence et la gouvernance dans les institutions militaires du Royaume. Alors que Rabat continue de renforcer ses partenariats sécuritaires avec les États-Unis, la France ou encore Israël, ce rapport soulève une question sensible : comment réconcilier les ambitions géostratégiques du Maroc avec une armée encore minée par des dysfonctionnements internes profonds ?

Par Mohamed Tahar Aissani

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici