L’obsession algérienne de Bruno Retailleau vire à la pathologie politique

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Par Kheireddine Boukhalfa—/—Bruno Retailleau semble avoir trouvé sa boussole politique : l’Algérie. À défaut d’offrir une vision pour la France, le ministre de l’Intérieur s’abandonne à une surenchère anti-algérienne inquiétante, et continue de transformer chaque interview en tribune électorale aux relents populistes. La dernière en date, accordée au Figaro hier, en est une nouvelle illustration, où le ministre confond diplomatie d’État et vindicte personnelle.

Ce qui frappe chez Retailleau, ce n’est pas seulement la dureté du ton, mais son acharnement quasi obsessionnel. À ses yeux, l’Algérie n’est plus un partenaire diplomatique, mais un punching-ball utile pour séduire une frange électorale de plus en plus réceptive aux discours identitaires. En réclamant une suspension des négociations européennes avec Alger, au motif que « l’Algérie y gagne beaucoup plus que l’Europe», Retailleau affiche une vision manichéenne et utilitariste des relations internationales, réduites à une logique de comptes d’apothicaires. À défaut de parler du réel malaise français — fractures sociales, crise démocratique, insécurité économique — Retailleau préfère agiter le tissu vert et blanc. Mais que cherche-t-il vraiment à démontrer ? Qu’un ministre de la République peut instrumentaliser les tensions historiques pour un petit calcul politicien ? Plus préoccupant encore : Bruno Retailleau ne semble plus respecter la ligne républicaine du gouvernement auquel il appartient. Dans son interview, il tacle frontalement Emmanuel Macron, l’accusant de mollesse vis-à-vis d’Alger, et n’épargne pas non plus Jean-Noël Barrot, ministre délégué chargé de l’Europe, qu’il accuse de diplomatie «inefficace». Retailleau se comporte déjà comme un candidat en campagne, oubliant qu’il est censé faire partie d’un exécutif encore en place. Son objectif est clair : se construire une stature présidentielle sur les ruines d’une politique étrangère qu’il contribue lui-même à fragiliser. Quitte à piétiner les usages diplomatiques, quitte à fracturer davantage une relation franco-algérienne déjà marquée par des décennies de blessures. Quand Retailleau dénonce la délivrance de passeports par les consulats algériens, allant jusqu’à ordonner aux préfets de les ignorer, il franchit une nouvelle ligne rouge : celle de l’ingérence dans des décisions administratives souveraines. Pire encore, il s’affranchit du droit français, qu’il est pourtant censé défendre. Il ne s’agit plus ici de fermeté républicaine, mais de démagogie pure. Un populisme d’autant plus dangereux qu’il se drape dans les oripeaux de la « défense des intérêts français », tout en compromettant des décennies d’efforts diplomatiques, économiques et humains entre les deux rives de la Méditerranée. Retailleau ne manque jamais une occasion de ressortir son cheval de bataille favori : les accords migratoires de 1968 entre la France et l’Algérie. Fidèle à lui-même, il en réclame la dénonciation à tout prix, ignorant sciemment les réalités humaines qu’ils encadrent et la complexité des liens franco-algériens. Mais à force de ressasser toujours le même discours, Retailleau se caricature lui-même. Derrière la posture martiale, aucune proposition sérieuse, aucune perspective nouvelle pour les Français. Seulement des anathèmes, des provocations, et une volonté obsessionnelle d’exister politiquement en attisant les braises du passé. En somme, Bruno Retailleau ne parle plus comme un ministre, mais comme un éditorialiste en roue libre ou un candidat en manque de terrain. S’il aspire à diriger la France en 2027, il ferait bien de commencer par s’intéresser à ses problèmes réels plutôt que de brandir l’Algérie comme un épouvantail électoral. Car si Retailleau veut s’installer à l’Élysée, ce n’est pas l’Algérie qu’il devra convaincre, mais les Français. Et ceux-ci, malgré les caricatures qu’il véhicule, attendent autre chose qu’un ministre obsédé par l’ailleurs pour masquer ses absences ici.

 

 

 

 

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