
Par Kheireddine Boukhalfa—/—Washington revoit sa copie sur l’Algérie. Longtemps perçue par les cercles décisionnels américains comme un régime opaque, refermé sur lui-même et dirigé par des services de renseignement sur la défensive, l’Algérie donne aujourd’hui une image plus nuancée, moderne et stratégique.
C’est ce que met en lumière une récente note de l’Institut Washington pour la politique au Proche-Orient, qui dresse un état des lieux de plus en plus positif des relations entre les deux pays. En effet, l’étude, intitulée « Engagement stratégique des États-Unis avec l’Algérie », montre comment la perception américaine a évolué, loin des clichés révélés par les câbles diplomatiques publiés dans les fuites de WikiLeaks. Washington reconnaît désormais à Alger une stabilité régionale précieuse, une solide expérience dans la lutte contre le terrorisme et un potentiel économique encore sous-exploité. L’un des principaux axes de cette revalorisation est la position centrale de l’Algérie dans la lutte contre le terrorisme. Fortement marquée par les années de guerre civile dans les années 1990, l’Algérie a acquis une expérience que peu de pays africains peuvent revendiquer. Cette expertise, ignorée ou sous-estimée par le passé, s’est imposée comme un atout stratégique après les attentats du 11 septembre 2001. Depuis, la coopération sécuritaire entre Alger et Washington n’a cessé de se renforcer. L’Algérie, qui abrite toujours le Centre africain d’études et de recherche sur le terrorisme (CAERT) de l’Union africaine, joue un rôle moteur dans les mécanismes continentaux de lutte contre l’extrémisme violent. L’armée algérienne, longtemps perçue comme toute-puissante et fermée, a su amorcer une mutation silencieuse, qui intrigue autant qu’elle rassure les partenaires étrangers. Dans une région sahélo-méditerranéenne minée par l’instabilité – du chaos libyen à l’effondrement des États sahéliens –, l’Algérie apparaît selon le think tank comme un pôle de stabilité politique et institutionnelle. Ce capital géopolitique, précieux dans un monde en recomposition, n’échappe pas à Washington, qui cherche à renforcer ses partenariats dans les zones sensibles. « L’Algérie a démontré sa capacité à rester debout seule face à l’adversité », souligne la note de l’Institut. Une allusion claire à la résilience du pays face au terrorisme, mais aussi à sa capacité à mener, sans appui extérieur, des réformes politiques et économiques depuis le mouvement populaire du Hirak. Outre la sécurité, les ressources naturelles algériennes attirent l’attention croissante des grandes puissances. Classée parmi les premiers producteurs africains d’hydrocarbures, l’Algérie dispose également d’une position géographique stratégique : à la croisée des routes énergétiques entre l’Afrique, l’Europe et la Méditerranée. Cette dimension économique prend forme dans les projets d’investissement annoncés par deux géants américains de l’énergie, Chevron et Exxon Mobil. Leur entrée sur le marché algérien est un signal fort adressé non seulement à la Maison Blanche, mais aussi à l’ensemble du secteur privé américain, invité à explorer les nouvelles opportunités dans l’agriculture, l’industrie, les mines, les énergies renouvelables ou encore la pharmacie. Le rapprochement entre Washington et Alger ne repose pas seulement sur des intérêts conjoncturels. Il s’inscrit dans une volonté partagée de construire une relation stratégique durable. Pour cela, les deux pays devront toutefois lever certains blocages – bureaucratiques, politiques ou culturels – qui freinent encore la fluidité des échanges. Mais le climat semble propice. L’Algérie, forte de son retour sur la scène internationale, affiche une volonté assumée d’ouverture et de diversification de ses partenariats. Et les États-Unis, en quête de relais fiables dans un monde multipolaire, semblent prêts à regarder Alger autrement : non plus comme un acteur marginal et méfiant, mais comme un partenaire crédible, stable et influent.