Liamine Zeroual:
L’officier de la concorde et le gardien de l’institution

0
30

C’est une page d’histoire qui se tourne pour l’Algérie avec le départ de Liamine Zeroual. Homme de consensus et de rigueur, il restera dans les mémoires comme celui qui a tenté de maintenir la barque de l’État alors que le pays traversait sa plus violente tempête. Son parcours est celui d’un soldat devenu homme d’État par nécessité, marqué par une intégrité qui lui a valu le respect de ses partisans comme de ses adversaires.Austère, discipliné il était viscéralement attaché à la souveraineté nationale. Liamine Zeroual rejoint les rangs de l’Armée de libération nationale (ALN) dès l’âge de 16 ans. Ce baptême du feu dans les massifs des Aurès forgera son caractère : . Après l’indépendance, il gravit tous les échelons de l’Armée nationale populaire (ANP), se formant dans les plus grandes académies militaires soviétiques et françaises. Chef des forces terrestres, il démissionne pourtant en 1990 suite à des divergences stratégiques sur la restructuration de l’armée, prouvant déjà que l’homme plaçait ses convictions au-dessus des honneurs.
1994-1999 : Le pompier de la « Décennie Noire »
Rappelé de sa retraite par le Haut Comité d’État (HCE) en pleine crise sécuritaire, il accepte d’abord le ministère de la Défense avant d’être désigné Chef de l’État en janvier 1994. Sa mission est titanesque : sauver la République de l’effondrement. En 1995, il devient le premier président algérien élu lors d’un scrutin pluraliste avec plus de 61% des voix. C’est sous son mandat que sont posés les premiers jalons de la « Rahma » (clémence), une tentative audacieuse de dialogue pour ramener la paix, tout en menant une lutte implacable contre le terrorisme. Alors que l’Algérie de 1995 s’enfonçait dans une confrontation sanglante, le président Liamine Zeroual, a choisi de briser le cycle de la « totale éradication ». En promulguant la Loi sur la Clémence (Rahma) le 25 février 1995, il posait la première pierre d’un édifice de réconciliation qui semblait alors utopique. Ce texte offrait une porte de sortie aux membres des groupes armés non coupables de crimes de sang, de viols ou d’attentats à l’explosif dans des lieux publics, à condition qu’ils déposent les armes et se rendent aux autorités. L’impact de cette loi fut d’abord psychologique. Elle a fissuré le bloc monolithique de l’insurrection armée en introduisant le doute et l’alternative chez les combattants égarés. Pour Zeroual, il s’agissait de distinguer ceux qui avaient pris les armes par idéologie radicale de ceux qui l’avaient fait par entraînement ou désespoir. Cette approche « chirurgicale » visait à isoler les noyaux durs du GIA (Groupe Islamique Armé) tout en offrant une chance de réinsertion aux autres. Ce fut le premier signal fort que l’État, bien que debout et combatif, ne cherchait pas l’anéantissement aveugle mais le retour à la paix civile. Bien que les résultats immédiats sur le terrain aient été modestes en termes de redditions massives, la Loi sur la Clémence a jeté les bases doctrinales de ce qui deviendra, quelques années plus tard, la Concorde Civile puis la Charte pour la Paix et la Réconciliation Nationale. Elle a permis de stabiliser certaines régions et de redonner un semblant de confiance aux institutions. Liamine Zeroual a ainsi prouvé que l’autorité de l’État pouvait s’exprimer par la clémence sans pour autant abdiquer devant le terrorisme. C’était une leçon de courage politique : oser parler de pardon alors que le pays comptait quotidiennement ses morts.
Un héritage de stabilité
L’impact à long terme de cette mesure fut la démysthification de la violence armée comme seule issue. En créant un cadre légal pour la reddition, Zeroual a affaibli la logistique des maquis et amorcé un retour progressif à la normalité républicaine. Si le chemin vers la paix totale fut encore long et douloureux, la Loi de 1995 restera comme le moment où l’Algérie a refusé le suicide collectif pour choisir, avec une dignité retrouvée, le chemin de la raison. Le 11 septembre 1998, à la surprise générale, Liamine Zeroual annonce l’écourtement de son mandat et l’organisation d’élections présidentielles anticipées. Ce geste, rarissime dans le monde arabe et africain, souligne son refus des jeux de coulisses et des pressions des « clans ». Il se retire dans sa modeste demeure de Batna, refusant par la suite toutes les sollicitations pour un retour aux affaires, y compris lors des mouvements de contestation du Hirak en 2019. Il s’éteint en laissant l’image d’un homme qui a su dire « non » au pouvoir pour rester fidèle à ses principes. Zeroual quittait le pouvoir en 1999 en laissant derrière lui non pas une victoire militaire totale, mais un cadre moral et juridique qui allait permettre au pays de respirer à nouveau.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici