France:
Le miroir brisé d’une déliquescence institutionnelle

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La disparition, puis l’annonce de la mort d’une collégienne de onze ans, ont suscité en France un tollé médiatique sans précédent. Durant quatre jours, l’actualité nationale a été suspendue, les chaînes de télévision et la presse écrite se focalisant exclusivement sur ce qui, dans n’importe quel autre pays, serait considéré comme un fait divers tragique mais banal. Cet emballement révèle l’état de déliquescence dans lequel se trouve la France. Lorsqu’une nation entière fait de ce drame l’unique objet d’information, délaissant les enjeux politiques majeurs pour une tragédie survenue dans un village de trois cents habitants, elle témoigne d’une perte de sens critique. Dans un fonctionnement normal, une telle affaire relèverait de la presse locale. Or, ici, l’appareil d’État tout entier s’est saisi du dossier : du Président de la République au Premier ministre, en passant par les ministres de la Justice et de l’Intérieur, chacun a pris part à l’enquête, transformant une affaire judiciaire en une remise en cause publique des institutions. Par leurs déclarations, les représentants de l’exécutif se sont eux-mêmes culpabilisés. Emmanuel Macron a affirmé qu’un tel crime aurait pu être évité si les forces de l’ordre avaient fait leur travail correctement. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a pointé du doigt Laurent Nuñez, le ministre de l’Intérieur, qui a lui-même renvoyé la responsabilité sur le garde des Sceaux, lequel, en réponse, a convoqué l’ensemble des procureurs généraux de France. Sur les plateaux de télévision, une profusion d’intervenants, livrant parfois des analyses loufoques ou ridicules, a ciblé en priorité les magistrats, accusés de laxisme. Comment, dès lors, invoquer l’indépendance de la justice quand l’exécutif lui-même foule aux pieds la séparation des pouvoirs, pourtant proclamée par la Constitution ? Cette France qui, sans cesse, donne des leçons à l’Algérie en qualifiant son système judiciaire de « vassal du pouvoir exécutif », est aujourd’hui rattrapée par ses propres contradictions. La posture moralisatrice française se révèle hypocrite : le donneur de leçons est pris au piège de sa propre morale. En s’attaquant aussi frontalement aux magistrats, l’exécutif s’est mis à dos le corps de la magistrature. Celui-ci, bien qu’il encaisse les coups en silence, pourrait préparer une réponse cinglante. Cette opportunité approche à grands pas : au cours de ce mois de juin, la cour d’appel doit rendre son verdict sur l’éligibilité de Marine Le Pen pour l’élection présidentielle de 2027. Alors que les partis macronistes et le centre espèrent une décision d’inéligibilité, les magistrats, piqués au vif par les critiques acerbes, pourraient décider de jouer un « coup de Trafalgar ». Il est fort possible que le verdict autorise finalement Marine Le Pen à se présenter. Ce faisant, ils mettraient fin aux ambitions de Jordan Bardella, qui n’a cessé de critiquer la justice. Si Marine Le Pen reprend le flambeau, ce qu’elle attend impatiemment, tous les calculs politiciens et les sondages actuels seront totalement bouleversés. En se présentant pour la troisième fois, elle ouvrirait un boulevard à Jean-Luc Mélenchon, dont le tempérament de tribun pourrait, lors d’un second tour, l’emporter largement face à elle.

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